26.11.2009

La légende des pianistes de l'aufgang (ou le batteur enchanté)

 

aufgang 2.jpg

© Rod - Le HibOO

 

La légende des pianistes de l'Aufgang (ou le batteur enchanté)... On dit qu'un jour, un joueur de batterie se retrouva entouré par deux joueurs de piano et qu'il en fut enchanté. Le sortilège se matérialisa en un album et  se répandit partout. Ils jouaient ensemble. Aux deux sens du terme...

Il est des associations improbables, des paris risqués, de la magie dans l'air et du talent à en pleurer...

À l'aube d'une nouvelle ère, l'an 2000 porteur de rêves autant que d'angoisses, deux pianistes se rencontrent. Si leur parcours semble des plus classiques, ils s'évadent du genre en jouant tous les deux avec des styles opposés à celui qu'ils pratiquent à la Juilliard School à New York. Filer à l'anglaise vers l'électro, jouer les filles de l'air en fuyant pour quelques heures la servitude du piano classique.Un troisième complice fait son apparition, côté batterie, et le trio vit de grandes aventures à Manhattan. Et le temps passe...

Rami, l'un des deux pianistes parcourt le monde avec ou sans son père, jouant, et rejouant et acquiert une réputation internationale. Aymeric, le batteur se lance à la conquête de la "french touch" en compagnie de Cassius. Francesco exécute, interprète, court de prix en prix, et surtout remet inlassablement tout en jeu en sortant des albums qui transcendent les styles, reprenant des standards d'électro ou s'associant avec un légendaire sorcier berlinois, Moritz Von Oswald.

Des guerriers du carcan classique. Des aventuriers de la musique.

La légende dit que c'est à Barcelone que le serment se scelle. Ils passent cinq nuits à jouer à en perdre la raison et se produisent lors d'un live retentissant. Et enregistrer un album devient de la pure logique.

Vibrer et faire vibrer, uniquement, affranchi des styles et des dictats. Deux pianos, une batterie et une auréole d'arrangements électro.

Ce jeudi, au café de la danse, je suis face à la légende. Ils s'avancent tous les trois. Trois chevaliers, beaux comme le disent les rumeurs. Je suis face à l'improbable. Parce que ça fonctionne ! Ce que l'on peut soupçonner d'être indigeste, rébarbatif est une oeuvre. Pleine et entière. La salle est littéralement emportée. Loin du pré-mâché, du prêt à consommer, Aufgang (ascenseur en allemand) est précisément un ascenseur émotionnel. Et ceux qui connaissent vraiment Voldemag savent à quel point c'est une notion à laquelle nous tenons en ce lieu. Parfois, c'est insupportable, parfois, c'est un enchantement, parfois c'est agressif, parfois c'est bouleversant. C'est tout un monde d'émotions qui s'abat sur une salle de concert, peuplée de gens très différents les uns des autres. Sphère classique et sphère ultra-moderne enfin réunies. Fusionnées autour de trois êtres terriblement humains et pourtant complètement d'ailleurs.

aufgang 3.jpg

© Rod - Le HibOO

 

Rami, l'énergie, la vie

 

aufgang 4.jpg

© Rod - Le HibOO

 

Francesco, la sensualité, la grâce

 

aufgang 5.jpg

© Rod - Le HibOO

 

Aymeric, le rêve, la puissance


Les trois, symboles de notions qui existent toutes dans cet album. Dans ce concert. Je n'avais jamais vu ça. Je n'avais jamais entendu ça. "Un ovni" comme dit le magazine Tsug. Les frontières sont abolies avec eux. Tout devient possible. Des perspectives gigantesques, presque vertigineuses. La légende des pianistes de l'Aufgang ou le batteur enchanté...

Un mythe est né. L'histoire de ceux qui ont abattu le mur construit siècle après siècle entre les genres musicaux. Il n'y a pas si longtemps, on fêtait la chute de celui qui précipita l'anéantissement d'un rideau de fer. Le monde de la musique fêtera un jour la capitulation des barrières musicales qui prit corps dans un album. "Aufgang", l'ascenseur pour la liberté. La légende de deux pianistes et d'un batteur.



http://www.myspace.com/aufgangsonar

 

 

Aufgang "Channel 7" from InFine Music on Vimeo.

 

 

ecard_aufgang_261009_01.jpg


Un grand merci à © Rod - Le HibOO pour les photos !

 

20.11.2009

Et Rone fut...

fd-my-2.jpg

Rone est un musicien qui a sorti un album au printemps dernier. "Bora Vocal" est mon morceau préféré. La voix que vous entendez sur la musique est celle d'un écrivain qui se parle à lui-même. J'ai posé la question à Rone qui m'a très gentiment répondu

"Salut N,
alors, il s'agit de la voix d'un ami écrivain, Alain Damasio;  c'est l'auteur de "La Zone du dehors" (un roman de SF d'anticipation qui m'a beaucoup marqué)  ou encore de "La Horde du Contrevent" (livre fantastique qu'il évoque dans le morceau "bora"). Un jour j'ai récupéré des petites cassettes de magnétophones sur lesquels il s'enregistrait, une sorte de journal intime qu'il tenait au moment de l'écriture de "La Horde du Contrevent" tandis qu'il s'était coupé de la société, isolé, pour être totalement immergé dans ses écrits. C'est un document passionnant: avec des moments de doutes, de déceptions, de fatigues mais aussi et surtout de joie, quand il prend conscience de ce qu'il est en train d'accomplir et de créer.voilà, il n'imaginait donc pas du tout que ses pensées se retrouvent sur un morceau un jour; mais il a très gentiment accepté quand je lui ai demandé si je pouvais les utiliser... "

A écouter à fond la caisse au casque....



podcast

Ron "Bora vocal"

http://www.myspace.com/rone0

 

pubrone-1.jpg

08.11.2009

Let's spöka about music : OKOU

okou bis.jpg

Les interviews subjectives reviennent avec Okou. Subjectives car je ne retranscris pas les propos mais mes impressions qui ne valent pas grand chose ;)

Interviewer Okou, Tatiana & Gil, c'est avant tout faire une rencontre. Une unité. Deux caractères bien affirmés en fusion.  Un homme et une femme beaux comme des dieux et classes comme j'ai rarement vu. Mais c'est surtout leur sérénité apparente qui m'a séduite. Leur énergie. Eux qui en raffolent tellement : "C'est une musique faite à la maison, dans l'énergie de ce que nous vivons dans le moment présent". "Nous essayons de servir les chansons, qui sont des énergies qui nous traversent. Ce sont des entités que nous essayons d'accueillir du mieux que nous pouvons". Deux chamans des villes en pleine évolution.


okou.jpg

"Serpentine" un titre compréhensible en français et en anglais. C'était important pour Tatiana. SERPENTER : aller, décrire des méandres, glisser, onduler, ramper, s'infiltrer, s'insinuer, se couler, se dérouler, se faufiler, se frayer un chemin, se glisser, se tordre, sinuer, tourner, tournoyer, virer, zigzaguer.

Serpenter de la Nouvelle Orléans, en passant par le Mississippi, de la country au blues, des touches de funk, Bessie Smith comme un clin d'oeil, poésie cinématographique en forme de chansons. Serpenter comme une manipulation tout en douceur, inconsciente. Je n'ai pas réalisé à la première écoute. C'est à la troisième où je me suis dit "Mais ces deux-là m'ont manipulée et ont réussi à me faire gagner des rivages qui auraient pu m'ennuyer en temps normal. Alors que là, c'est un succès. Mieux. Une évidence."

Un album ying yang, aux paroles très féminines, à la musique et arrangements masculins. Un petit miracle en équilibre. Virilité et sensualité. Apreté des instruments, grâce de la voix, on ondule d'un sentiment à l'autre. Comme les chansons, loin d'être construites de manière classique : couplet/refrain/couplet/ refrain. Non. On se balade le long d'un sentier, musical, on le quitte pour déambuler dans des chemins de traverse qui apparaissent au détour d'une note. Serpenter.

Je leur en parle, ils me répondent d'une seule voix : le plaisir. Il n'a jamais été question d'une démonstration de force mais de délectation. Plus d'épicurisme que de technique. Tant mieux si ça marchait. Ça ne changeait rien au fait qu'ils souhaitaient avant tout se réjouir ensemble. Cet acte de partage démarre il y a trois ans lors d'une rencontre. Berlin pour l'un, Paris pour l'autre. Des mails et des week-ends. Une aventure inscrite dans notre époque, où les frontières et les séparations ne sont plus si palpables.

Il y a eu beaucoup de chansons d'écrites, il n'en reste que quatorze. Une première cession d'enregistrement organisée avec des musiciens de studio, brillants certes mais cette drôle d'énergie qui ressemble à l'harmonie ne fonctionne pas. Comme dit Tatiana "L'impalpable avant le palpable". Alors une seconde. Et la magie opère. Tatiana & Gil, à ce sujet, s'inclinent devant ceux qui les ont accompagnés, des musiciens au parcours exemplaire. Humbles avant tout, ils se sentent incroyablement chanceux d'avoir pu rassembler tous ces êtres humains incroyables. Car il est toujours plus question de rencontres que de calcul avec eux.

D'ailleurs, il n'y a aucune concession faite à la politique musicale actuelle. Les instruments utilisés sont limite has been : accordéon, banjo, violoncelle... Gil a fait du "détournement" une spécialité. Terroriste du genre (;)), il attrape un instrument et le mène dans des contrées lointaines. Toujours se faufiler là où on ne l'attend pas. Serpenter... L'accordéon dans le blues, le banjo dans du presque funk. Tatiana me répondra par un juste retour aux sources. Ces instruments si blancs dans notre imaginaire collectif sont à l'origine africains par exemple. L'accordéon existe en Inde sous une autre forme. Comme une forme de justice à leurs origines diverses.

Une vraie pudeur aussi. Même la douleur doit être légère. "Une rivière sans sommeil", sans tourbillons, à peine la trace d'un ricochet. Tatiana a une voix imposante, magnifique, elle ne fait jamais de démonstration de force. Leurs chansons sont courtes par rapport à la norme actuelle. Ne pas s'étaler, ne pas se répandre, toujours cette pudeur respectueuse. Less is more... et toujours serpenter.


 

okou trois.jpg

Une maison tout en rondeurs et en dédales nommée "Serpentine". Ils m'ouvrent la porte de chez eux, en démarrant avec un blues de facture classique qui m'entraîne vers une country digeste (Serpentine). Je les suis, curieuse, le long d'un couloir vaguement mélancolique où des photos d'une jeune jongleuse sont installées au mur. Une scène très esthétique aperçue à Paris. La jolie jongleuse sexy joue avec le feu, gracieuse même en proie aux regards concupiscents des hommes et ceux, jaloux des femmes (Fire juggler). Je m'échappe du couloir, bienvenue dans le salon, clair et plus funky où il est question de rupture, où je m'incline face à l'éphèmère. Rien ne dure jamais et quand tout vous échappe, c'est pour de bon (To the bone).

Je me faufile dans la verrière où Tatiana me parle d'elle avec une certaine distance. Il y a un peu d'elle dans les paroles des chansons mais toujours pudique, il y a une distance permanente. La lumière du soleil de certains dimanche après-midis entre langueur et vague à l'âme m'apaise et me parle de résurrection.(Evening sun, ma préférée)

Ne pas se laisser aller. Souvenir presque en fanfare d'un accident de voiture. J'esquisse quelques pas de danse, du foxtrot comme un clin d'oeil aux années 20 que Gil aime, je crois. Sur le tapis du salon, saluer la mémoire d'un ange qui a rattrapé un être humain en train de tomber. Je l'ai vu comme une réponse à "Waiting for an angel" de Ben Harper, son style planant sur cet album. Coïncidence. "Picked me up" est la cinquième chanson de l'album comme "Waiting for an angel"... On en rit avec Tatiana & Gil, car cette chanson ne devait pas être à cette place. Pour un peu l'illusion d'une certaine complicité me gagnerait. Mais ils serpentent...

Je me fraie un chemin jusqu'à la cuisine pour me servir un café. Je regarde par la fenêtre. "Bloodstranger" résonne. C'est la chanson la plus orchestrée, comme une concession faite à la parade. Les violons accomplissent leur ouvrage, maître d'oeuvre de l'émotion. La chanson pour les radios que l'on écoute le matin dans sa cuisine. Tellement jolie.

"Eye for an eye" est une douche froide. Rupture musicale totale. C'est âpre, presque agressif. Tatiana me chante "All in a motion without a notion". Etre éveillé et conscient que l'on est perpétuellement en mouvement sans rien maîtriser. Les méandres. Texte et musique en parfaite harmonie dans la hargne. Presque. Gil me berce à nouveau avec "Evolution", une chanson à la Norah Jones. A peine terminée, il m'entraîne dans son antre, "Tired feet" me replonge je crois dans leur véritable univers. Les instruments et la voix se répondent dans un dialogue changeant. Et Gil sourit.

J'ai la sensation de me faire tirailler par des émotions différentes que seul Okou dirige et dont je ne suis pas évidemment maître.  Serpenter d'un sentiment à l'autre. C'est Tatiana qui m'emmène dans sa chambre. Un écran géant. Un des premiers clips, tourné dans les années 20 y est diffusé **. Tout est noir et blanc. Bessie Smith est assise par terre. Ce n'est plus une chanson. "Bessie" n'en est pas une. C'est de la poésie cinématographique musicale. Je ne peux rien dire d'autre. Il faut l'écouter. Il y a du "Down by law" ou du "Dead man" là-dedans. (Jim Jarmush) et "Moonspell blues" confirme.

Retour dans le salon. Tatiana est assise dans le canapé, et Gil joue de la guitare. Ils m'offrent une pause avec "Dusty Ground", un morceau beaucoup plus accessible, comme une respiration nécessaire quand le climat se fait trop oppressant. Mais "A l'aurore" me reconduit vers la grâce et la poésie, un univers qui leur est peut-être plus naturel que les autres. Cette chanson est véritablement mise en scène grâce au texte et l'intervention d'une multitude d'instruments.

Je suis au bord de partir, de quitter la maison si chaleureuse d'Okou. "Oh Papa". Une chanson de sentiments contradictoires. Quand une certaine violence a fait place à l'amour. Quand on a pas toujours eu le temps de dire certaines choses. La relation entre une fille et un père peut être tant passionnelle, j'en sais quelque chose. L'apaisement ne se trouve que dans le pardon. Et c'est un morceau parfait pour se dire au revoir.

J'ai passé un moment réjouissant dans l'univers de Tatiana & Gil. La demeure d'une poétesse altière et d'un musicien un peu sauvage. Deux êtres un peu en dehors de ce monde pour qui tout trouve son sens dans le partage. Acheter l'album, c'est beaucoup plus qu'acheter de la musique. C'est acheter une certaine attitude, faite de simplicité, d'harmonie et d'humilité, avec la croyance qu'il est plus question d'énergie en ce bas monde qu'autre chose...

OKOU Album éponyme

sortie digitale 26 octobre 2009

sortie classique janvier 2010.

http://www.myspace.com/okoumusic

 

 




**LE CLIP AVEC BESSIE SMITH




09.10.2009

I want Miles

 

miles_davis_silhouette.jpg

Note : Je sais, je sais, le billet est long mais le sujet était tellement passionant, il y avait tant à dire...

La direction de la cité de la musique a invité quelques blogueurs à visiter en avant-première l'exposition consacrée à Miles Davis, « We want Miles ». Une visite privée commentée par le commissaire de l'exposition, Vincent Bessières. Je suis, comme la plupart d'entre vous, loin d'être une aficionado du jazz, je n'en écoute quasiment jamais, et Miles Davis est plus une icône dans mon imaginaire qu'autre chose. J'étais quand même très curieuse de mettre mes pas dans l'ombre d'un géant. I wanted Miles...

Miles...

Il est des artistes que l'on appelle par leurs noms, d'autres par leurs prénoms. Est-ce le degré d'intimité que l'on croit partager, une part un peu plus grande d'humanité ? L'homme et le créateur plus étroitement mêlés ? Nul ne le sait mais tout au long de la visite de l'exposition consacrée à Miles Davis, Vincent Bessières (Eminent spécialiste de jazz) n'utilisera que le seul prénom.

We want Miles... Un clin d'œil à un album nommé ainsi car il était sorti après une longue période de silence nécessaire à un homme brillant mais hélas brisé. Il s'éclipsa quatre années et revint encore plus solaire qu'auparavant. Flamboyant même. Succombant aux années 80 et leurs doses de clinquant et de pub. Quitte à revenir, autant faire claquer les limites, non ? Pour autant était-il dupe ? Il est mort en colère dit-on. Il a vécu en colère aussi, une tempête extérieure, intérieure, comme une compagne :

« Ce que je sais, c'est que l'année après ma naissance, une violente tornade ravagea Saint Louis. (...) Peut-être suis-je animé par son souffle puissant. Il faut du souffle pour jouer de la trompette. Je crois au mystère et au surnaturel ; or s'il y a quelque chose d'à la fois mystérieux et surnaturel, c'est bien une tornade. » Miles Davis

La trompette, le jazz, les voilà les deux gros mots qui rebutent bien des gens. Mais même si vous n'êtes pas clients de ce genre de musique, l'exposition « We want Miles » vous séduira. Car au-delà de l'histoire artistique, au delà de l'architecte du jazz, il s'agit bien d'un très bel hommage à un homme qui a traversé un siècle de changements radicaux (1926-1991). Par ailleurs, c'est la première exposition d'une telle ampleur qui est consacrée à Miles Davis. Celui-ci et Paris avaient une relation naturelle, qui prit corps dans une belle et brève histoire d'amour entre Miles et Juliette Gréco mais aussi par le fait que le dernier concert du musicien eut lieu à la Villette, quelques jours avant sa mort.

La visite se découpe en deux lieux. L'un en noir et blanc, l'autre en couleur, pour mieux signifier la rupture. Avant « l'électrification » et après, et à l'intérieur même de ces deux périodes, des découpages successifs. :

De Saint Louis à la 5éme rue : d'une enfance bourgeoise aux clubs new-yorkais, le rêve du be-bop.

Out of the cool : Invention et haine de soi.

Les albums de la consécration.

La liberté contrôlée : cure de jouvence et remise en jeu du jazz.

Miles électrique, nouvelle époque, nouveau look : Miles branché sur le rock.

On the corner, en quête du son de la rue : la noirceur du funk et l'impact de la boxe.

Silence, solitude et requiem : affres, vertiges et réclusion.

Star people : l'icône planétaire : mise en scène d'une légende, iconique et cathodique.

La mort.

C'est à travers ses chapitres organisés, que vous pouvez découvrir Miles Davis. C'est la vie d'un géant que nous offre la Cité de la musique. Il a été approché par les plus grands musiciens de son temps : Jimmy Hendrix, Keith Jarret, Marcus Miller, Prince, Chuck.D de Public Enemy, Herbie Hancock, John Coltrane, Quincy Jones, Charlie Parker etc. Il a joué avec les plus grands. Démesure, grandeur et décadence, l'homme est excessif.

Tant extra-ordinaire que la seule fois où il éprouve le besoin de s'arrêter, cela durera des années. C'est d'ailleurs à ce moment de l'expo que le travail colossal de l'équipe de la cité de la musique et de l'atelier Projectiles m'a le plus touché. Cette période trouble est symbolisée de manière concrète et l'effet ne se fait pas attendre, on touche du doigt l'espace d'une seconde la solitude d'un homme tant adoré, sous fond de requiem, les affres de la dépression...

Si la vie de Miles Davis se conjuguait plutôt en doré qu'en noir et blanc, il fût confronté aux problématiques de son époque, comme la place des noirs en Amérique du nord. À cette femme qui demanda à 300 musiciens de jazz de prononcer trois vœux, il aura cette réponse significative et terrible :

"BE WHITE."

Être blanc (Sentence visible dans l'exposition). Il a composé la bande son d'un documentaire (Egalement dans l'expo) consacré au premier boxeur afro américain à avoir été champion du monde poids lourd. La voix du boxeur résonne et la trompette de Miles lui fait écho :

« Je suis Jack Johnson, champion du monde poids lourd. Je suis noir, ils ne m'ont jamais laissé l'oublier ; D'accord. Je suis noir, je ne les laisserai jamais l'oublier ».

Miles Davis était boxeur amateur. La boxe le « sauvera » une fois d'ailleurs. Un sevrage sauvage réussi grâce à l'exemple de Ray Sugar Robinson. La drogue, autre problème récurrent de sa vie. Il y tombe, il se relève, il se bat, évite, tombe à terre, se relève, éternel boxeur de ses démons.

Et puis il y a les sempiternels problèmes des hommes : l'argent, la santé, les femmes. Elles se succédèrent dans son cœur et probablement dans sa musique tout le long de sa vie. Ma préférée restant Betty Davis, belle à tomber par terre, chanteuse reconnaissable entre toutes, essentiellement folle furieuse qui l'entraîna vers le rock et des sons plus électriques. C'est entre autres sur ce point que se rejoignent deux artistes extraordinaires : Miles Davis et Picasso. Deux génies comme deux ogres. On le comparait souvent à lui pour le syndrome des périodes. Période cool jazz, be-bop, jazz rock, comme si sa vie se décomposait en longues ou courtes plages d'expériences sans cesse chamboulées, mutations successives d'un homme qui ne supportait pas l'immobilisme et ne tolérait qu'une insatiable curiosité.

On dit de l'adaptation qu'elle est signe d'intelligence. Il était alors remarquablement intelligent. Se remettant, remettant en question sa musique, la musique, sa plus belle, sa plus fidèle maîtresse. Pourtant il disait :

« La véritable musique est le silence, les notes ne font qu'encadrer ce silence. ».

Au final, peut-être faudrait-il, pour mieux connaître cet être hors du commun se poser et prêter attention aux silences entre chaque note qui s'échappe de sa trompette. Car il l'avouait lui-même « Si vous compreniez tout ce que je veux dire, vous seriez moi ! ». Toute la complexité du personnage est là. Au sortir de l'hommage rendu par la cité de la musique, je me retrouve avec une curiosité décuplée, comme touchée par ce qui fut son principal moteur. Au final, cette exposition déclenche l'appétit, comme une mise en bouche façon objets.

L'attirail de l'existence de Miles Davis : Des trompettes, des sourdines, des photos, des films, des albums entiers, un son à la hauteur des œuvres, des instruments, « Ascenseur pour l'échafaud », des partitions, des vestes incroyables, Miles à un défilé de mode, Andy Warhol lui portant sa traîne, des pochettes de disques originales, une série d'œuvres d'art-peintures de Jean-Michel Basquiat, sculptures de George Condo, photographies de Lee Friedlander ou d'Anton Corbijn...

Une mise en scène à la hauteur du personnage : Chaque chapitre de sa vie s'ouvre sur une immense photo, s'illustre par des objets soigneusement choisis, des lieux d'écoute privilégiés, et surtout Miles presque vivant qui apparaît au détour d'un écran d'une taille imposante, toujours plus grand que nous. « We Want Miles » à voir absolument avant que cette exposition ne s'envole vers d'autres pays.

Je conclus par les mots d'un autre, Vincent Bessières « The Sorceser, Prince of Darkness, Dark Magus... Miles Davis est l'ange noir du jazz, nimbé d'une aura de mystère, fascinant, inaccessible, ayant goûté aux extrêmes, il s'impose comme une force occulte, alchimiste transmuant la musique, augure du jazz à venir, maître vaudou initiant le jazz aux mondes parallèles. Miles Runs the Voodoo Down. (...) La musique de Miles Davis est noire non parce qu'elle chante une négritude mais bien parce qu'elle absorbe et récuse une certaine luminosité que le jazz porte depuis les origines ». Si cette exposition se déroule quasiment dans le noir, ce n'est pas anodin. Miles Davis y reste toujours crépusculaire. La musique, la lumière de sa vie, elle, trouve refuge dans des « sourdines », lieux presque clos mais tout en couleurs vives...

Miles Davis avait l'habitude de jouer les yeux fermés et en tournant le dos au public. Certains y voient de l'impolitesse. Lui parlait de concentration. Il répondait aussi qu'un chef d'orchestre ne tourne jamais le dos à ses musiciens. Moi, j'émets l'hypothèse, après cette visite dans son monde, que c'était peut-être le seul moment où son orgueil démesuré s'inclinait, sa vanité capitulait, son égocentrisme fléchissait, et où il acceptait de s'effacer au profit de son grand amour :

La musique.

 



L'exposition, installée sur 800 m2 et divisée en huit espaces thématiques correspondant chacun à une « période » musicale de Miles Davis, Confiée à l'atelier Projectiles, une scénographie innovante entièrement pensée en fonction de la musique, proposera de petits salons acoustiques en forme de sourdines, le son live de concerts projetés à grande échelle et un dispositif «plug and play» inédit, qui permettra aux visiteurs de brancher des casques en face de repères d'écoutes, notamment leurs casques personnels !

Commissaire : Vincent Bessières, journaliste, rédacteur en chef adjoint du magazine Jazzman
Commissaire associé : Eric de Visscher, directeur du Musée de la musique

Catalogue, sous la direction de Vincent Bessières. Texte principal de Franck Bergerot (coédition Editions Textuel/
Cité de la musique, 216 pages, 200 illustrations, 39 e TTC)


du 16 octobre au 17 janvier 2010
Tarifs : 8 e / Tarif réduit : 4 e
Horaires : Du mardi au samedi de 12h à 18h / Le dimanche de 10h à 18h
Ouverture exceptionnelle jusqu'à 20h les soirs des concerts du cycle We Want Miles.
01 44 84 44 84


Manifestations associées
Un cycle de concerts We Want Miles accompagnera l'exposition, à la Cité de la musique et à la Salle Pleyel, fin octobre (avec notamment le Wayne Shorter Quarter, le Joe Lovano Nonet, Wallace Roney) et fin décembre (dont Tutu joué par son compositeur, le bassiste Marcus Miller). Des projections de films, documentaires et concerts filmés auront lieu le week-end des 31 octobre et 1er novembre.

La visite de l'exposition se poursuivra à la Médiathèque de la Cité de la musique par un parcours multimédia à travers la musique de Miles Davis, ainsi que par des collèges jazz tout au long de l'année.

 


06.10.2009

L' E.P de la semaine 05/10/09

 

Mélanger anecdotes de vie (La mienne, tant qu'à faire, hein ?! ) et infos importantes ou superflues, tel est le but de ces Editos Persos. Mon E.P de la semaine, comme ces singles isolés qui sortent dans les bacs d'itunes. Ma petite semaine à moi.

Lundi

Je relis mes notes et je crois que j'ai un problème avec mes pieds parce que j'en parle très souvent en ce moment.

Je m'énerve à propos de la pétition pour la copine de mon fils. Je me rends compte que les blogueurs ou les voldemagiciens partagent pour la plupart mes convictions. Je réalise que ce n'est pas par hasard qu'on se retrouve sur une plateforme de ce type. Lau me suit activement. Même si on n'est pas toujours d'accord, c'est une jeune femme engagée, têtue, et plus de gauche qu'elle ne croit ! Je la remercie encore pour son soutien et signale un de ces billets à ce sujet.Par contre, au niveau de mes potes, c'est la catastrophe. Je ne sais plus trop ce que je partage avec eux. Plus ils vieillissent, plus ils se replient sur leur petit confort. Je suis déçue. Mais mes plus proches amis, eux sont là. Mon "frère" Yvan, mon second "frangin" Sly, ma "soeur" Fred, mon "miroir" Isa, mon "opposée" Virginie. Oui, ils sont bien là. Mais l'ingratitude humaine, l'égoïsme, et la peur, surtout la peur, m'irritent. Ma décision est prise, à chaque fois qu'il y en aura un pour m'appeller pour m'expliquer qu'il va pas bien (Et ils sont nombreux), s'il a pas signé la pétition, je l'envoie chier.

Et de 24 suicides à France Télécom et toujours pas de pdg renvoyé.... Mais que fait la police ?!

 

roman-polandki.jpg

Roman Polanski est arrêté en Suisse. Ahem. C'est une question difficile. Si on prend les faits et uniquement les faits, nous sommes face à un homme de 45 ans à l'époque qui a eu des relations sexuelles avec une fille de 13 ans en l'ayant fait boire ou droguée, ça reste flou. 30 ans après, ça ne me pose pas de problèmes que ce type soit jugé. Si ça fait 30 ans, c'est bien parce qu'il s'est barré, cinéaste de renom ou pas.

Mais

 

samantha_geimer.jpg

Mais que faisait une gamine de 13 ans avec un homme de cet âge-là et surtout où étaient ses parents ? Il y a des zones d'ombre dans cette histoire et même la plaignante a retiré sa plainte et ne veut plus en entendre parler. Alors effectivement, une gamine de 13 ans ne sait pas vraiment ce qu'elle fait mais il me semble qu'on ne se choque pas qu'elles aient des relations sexuelles, voire d'être enceintes. Alors qu'est ce qui pose problème dans cette histoire au final ?  Encore une fois, qu'est ce que foutait une gamine le soir avec un homme ? Syndrôme Lolita ? On lit encore Nabokov sans s'émouvoir. Pour ma part, je pense que c'est une bonne idée qu'il y ait procès. Au moins, on y verra clair une bonne fois pour toutes, pour autant que la justice américaine soit impartiale.

Mardi

Baptiste se prend pour Eddy Barclay et exige de partir habillé tout en blanc. Ce gosse devient de plus en plus bizarre.

La France est le quatrième vendeur d'armes au monde. Une pensée pour "Lord of War" et pour les leçons données au monde entier sur les droits de l'homme. Tout va bien...

Angela Merkel est réelue à la tête de la troisième puissance mondiale. Le triomphe de la simplicité et du travail. Suivez mon regard (Qui pointe vers l'Elysée...). C'est la femme la plus puissante du monde d'après le magazine Forbes. C'est une "anti Ségolène Royal" dit Anne-Marie Le Gloannec, chercheuse au Ceri/ Sciences-Po. Son secret ? Toujours laisser son adversaire la sous-estimer. Et sentir l'humeur de son pays. Pas de convictions profondes, juste les droits de l'homme. Et c'est déjà beaucoup.

Nous déjeunons avec Baci et, ne me demandez pas comment nous en sommes arrivées là, mais nous décrétons que dorénavant, nous tirerons la chasse d'eau uniquement avec de l'eau d'évian. C'est étrange quand même comme concept... Bizarrement, je ne me précipite pas pour l'appliquer.

Haaaaa ! C'est cool ! Je peux plus retirer d'argent. La semaine va être longue...

Mercredi

Je suis invitée à une visite privée de l'exposition sur Miles Davis à la cité de la musique. Je suis comme une enfant de cinq ans et demi. C'est la première fois que la direction de cet établissement culturel dédié à mon loisir préféré propose cela et en plus à des blogueurs. Nous sommes une petite dizaine. L'exposition n'est pas terminée mais ils ont à la dernière minute pu installer du son. Vincent Bessières nous balade et nous pouvons approcher, voire toucher des objets qui seront sous vitrine en temps normal. C'est beau, infiniment intéressant, et impressionant. Je ne suis pas une spécialiste de Miles Davis mais le personnage est passionant. La visite finie, nous sommes conviées à boire une coupe de champagne et manger des petits fours (hummm, du foie gras !) au café de la musique, lieu que je fréquente souvent avec les enfants. La direction de la cité de la musique est très curieuse de nous, de ce que nous faisons. Ils ont l'habitude des journalistes, la blogosphère est un monde qu'ils ne connaissent pas. L'échange est là, ils sont tous fort sympathiques, et pas pédants comme je le craignais. Je passe un excellent moment, et c'est Noël quand ils nous offrent le catalogue de l'expo (Plus un magnifique bouquin qu'autre chose) et une invitation au vernissage. Je rentre surexcitée !

Jeudi

L'incorrection des gens dans le métro me laissera toujours coite. Et ça demande pas pardon quand ça bouscule, ça se lève pas de son strapontin alors que c'est blindé de monde, ça agresse, ça donne des leçons. J'emploie à dessein le mot "ça" parce que je suis convaincue que ce qui distingue l'humain du reste, c'est entre autres la politesse.

J'arrive au boulot et Daniel nous propose, à Laurence et à moi, de nous palper les seins tout en brandissant la couverture d'un journal spécial "Cancer du sein". Romain dit que Daniel a raté sa vocation et qu'il aurait dû être gynécologue.

Je sors me chercher à manger. Il y a une petite vieille toute courbée qui pousse son caddy. Enfin... Elle s'arrête, soulève les roues, avance son caddy, s'appuie dessus et fait un pas. Et ainsi de suite. Elle doit mettre des heures à faire quoi que ce soit. Ca me fait mal au coeur. Elle, c'est moi, moi, c'est elle. Dans quelques années. Brrrr. Fait pas bon vraiment vieillir.

Un article dans le magazine ELLE me hérisse le poil. Une jeune femme, mère de trois enfants, a été assassinée par son mari. Sa soeur a porté plainte contre l'Etat, pas d'autres recours possible, en l'état, elle ne pouvait attaquer le juge des libertés qui a permis la libération de la bête sauvage qui servait de conjoint à sa soeur. Pourquoi, bête sauvage ? Parce que ya pas d'autres mots pour le qualifier. Pascal Guibault a torturé sa femme pendant vingt ans, des cassettes vidéos le prouvent. Viols répétés, coups, humiliations, torture mentale et physique, tout était bon. Quand la victime a trouvé le courage de porter plainte, le dossier est tel que le parquet demande l'incarcération immédiate tant il est estimé dangereux. Une juge aux libertés et à la détention, en deux lignes, va ordonner à la stupéfaction générale la libération du malade, une veille de week-end.

L'appel de cette décision devait s'ouvrir lundi. Ce même jour, Pascal Guibault avait d'autres priorités, il a tiré à 12 reprises sur sa femme. Il a retourné l'arme contre lui et a eu le mauvais goût d'en crever. Il reste trois enfants en bas âge... Et l'éternelle question, pourquoi ?

En France, une femme tous les DEUX JOURS, meurent sous les coups de ce qu'on appelle leurs compagnons. Dans le monde, il paraît que c'est toutes les 10 secondes. C'est du génocide quotidien...

Vendredi

Nom de Dieu, je vais tuer quelqu'un ! Je suis en train de m'énerver comme une malade auprès d'un fournisseur. Au taf, je suis une control freak, j'ai une sainte horreur de ne pas maîtriser un dossier de A à Z. Comment ça, dans la vie privée aussi ?! ;))

Cette matinée m'a épuisée. Heureusement Pascal Obispo est là pour me faire rire. j'apprends avec stupeur qu'il se nomme dorénavant "Captain Samouraï Flower". Mais il est complètement malaaaade !

 

captain_samourai.jpg

Ouais, ça, c'est lui et non, je ne mettrai pas le clip, faut pas déconner. Je rends tout le monde cinglé au bureau en beuglant "Touuuus, sous le même drapôôô, ooooh !". Petit Jésus, fais qu'une des web agencies avec lesquelles je collabore s'occupe de la promo... Une interview ?!!

Le bon mot de Jacques Attali à propos du G20 me fait également rire : G VAIN....

Déjeuner avec Michèle, la réalisatrice du documentaire. Elle va bien et travaille sur un projet que je trouve très excitant. J'ai hâte de le voir. Nous parlons de Ségolène Royal, elle n'a pas tout à fait la même analyse que moi. Je déplore la communication déplorable de cette politique. Je pense qu'elle est grillée. Michèle sourit. Elle n'est pas d'accord.

Mon fils s'est encore barré chez un pote, nous passons une soirée en tête à tête avec Charlotte et on se mate "Les hommes préfèrent les grosses". Elle est hilare. Ensuite "Les bronzés". Elle aura du mal à se remettre du slip de Christian Clavier, est morte de rire et part se coucher enchantée de sa soirée. Moi aussi...

Samedi

Je m'accroche pour la 250ème fois avec la bande de branleurs du quartier. Ils passent et repassent en scooter dans la rue piétonne qui sert de terrain de jeux à tous les gosses du quartier, principalement ceux qui n'ont pas d'espace à eux dans leur maison. Ca me tape sur les nerfs. Au début, je dialoguais. Mais j'ai fini par comprendre que ce genre d'ados, c'est comme les poulpes, pour les attendrir, faut leur taper dessus. C'est une réalité qui a été très compliquée pour moi à comprendre mais force est de constater qu'en leur hurlant dessus, on obtient la paix quelques heures. D'où acte. Et pour la dixième fois, yen a un qui s'est cru plus malin que les autres et m'a menacée de me casser la gueule. Bien... Je m'approche davantage de lui au lieu de reculer comme il s'y attend, et je lui explose de rire à la tronche. Ensuite, je lui explique ma vision des choses " Vas-y, casse-moi la gueule. Comme ça, ça mettra le feu aux poudres au quartier, t'auras les flics au cul et adieu le traffic peinard, les potes et les soirées à rigoler. Vas-y. T'as tout à y perdre et moi, tout à y gagner. Vas-y, te gêne-pas.". Evidemment, il n'y a plus personne au bout du fil de la conversation parce qu'il sait parfaitement que j'ai raison.

J'attaque mon billet sur Miles Davis. Je potasse le catalogue de l'expo, je m'attarde sur les photos, je cherche des citations. J'adore ça ! Je commence le bouquin de Siri Hustvedt : "Les yeux bandés". Depuis que Isa m'avait offert "Tout ce que j'aimais" d'elle, je suis devenue assez fan.

 

siri_hustvedt.jpg

Dimanche

Terminer le billet sur Miles Davis qui me tient tant à coeur. Aller à la piscine, déjeuner, ranger, attaquer la peinture dans la chambre des enfants. J'ai décidé que j'allais repeindre entièrement mon appartement à un rythme qui laisserait perplexe n'importe quel architecte.

J'adore les dimanches soirs surtout quand il fait froid. On est chez soi, il fait bon et chaud, on a le temps, on est détendu. Plus on s'enfonce dans l'hiver, plus j'aime les dimanches et surtout les douces soirées qui l'accompagnent. Tiens ! Pour la peine, je m'offre un collier !

 

collier_tfcj.jpg

C'est quoi ça ? C'est le collier façon armée américaine (J'ai toujours rêvé d'en avoir un !) pour TIME FOR CLIMATE JUSTICE, acheté pour la modique somme de presque 8 euros, frais de port inclus. Une pétition. Encore ?! Oui. Mon fils m'a demandé la dernière fois : "Maman, pourquoi t'es enragée ?". Je ne sais pas, mon fils, je suis née ainsi, j'aime les humains et j'ai mal au monde... Bref, Time for climate justice est une initiative de Kofi Annan, ancien Secrétaire Général de l'ONU et Prix Nobel de la Paix. Un site existe. Chaque action que vous faites dessus, télécharger le titre phare "Beds are burning", simplement l'écouter, ou mieux acheter quelque chose, est comptabilisée et comptée comme une signature. Une pétition à l'échelle mondiale pour alerter les politiques et déclencher une vraie prise en charge des problèmes liés au climat lors du sommet de Copenhague (07-18 décembre 2009). Alors à défaut de vous être bougé le cul pour RESF... Oui, je suis un peu verte... Hé bien, juste cliquez sur le lien ci-dessous et téléchargez le titre, à moins que ça aussi, ça soit trop difficile ?!

http://www.timeforclimatejustice.org/

Pour plus d'infos

http://www.conference-copenhague.gouv.fr/copenhague/

Je regarde "Battle in Seattle" que je rechignais à voir. Un film sur la réunion de l'OMC en 1999. C'est certes romancé, mais je fais des bonds partout en le matant. N'importe quel geste est important pourvu qu'il conteste l'injustice mondiale. Nous sommes tous responsables.

 


La musique adouçit les moeurs, je vous laisse sur cette reprise de "Beds are burning" même si elle est franchement pas terrible, faut dire ce qui y est.



12.08.2009

Et tomber amoureuse 1000 fois par jour

 

Note écrite en mai 2008
arman-melies.jpg

Je vis de beaux coups de foudre. Et je les quitte en douceur. Elles sont toujours d'accord. Ces chansons que j'écoute le temps d'une parenthèse. Et puis, il y les belles histoires d'amour. De celles qui durent. "blue lines" massive attack, "Grace" Jeff Buckley, "Signs of the time" Prince, "close to paradise", Patrick Watson, "Mélody Nelson" Serge Gainsbourg. Et je suis sincèrement persuadée que "Casino" et moi, ca va durer un moment.

Vous me connaissez, je me garde d'emettre un avis négatif ou positif sur la musique que je propose. Car je pense ne pas etre suffisamment qualifiée pour me le permettre. Et que pour moi, déjà composer une mélodie est de l'ordre du miracle. Je ne me lasse pas des milliards de combinaisons, donnant naissance à une chanson. Mais je fais une exception pour Arman Méliès.

C'est harmonieux, c'est séraphique. Rien n'est laissé au hasard, on sent une vraie attention, une volonté, un univers. Pourtant, le choix des arrangements peut déplaire. Je peux le concevoir. Pour autant, concernant les textes, je serais tranchante. Arman Méliès est un poète, un joaillier des mots pour chanson. Il y porte un soin maniaque, j'en suis persuadée.

Enfin, j'aime "Casino"

Pour le magnifique silence entre

"Enfin,

que nos vies aient l'air"

...

"parfaites"

sur "Amoureux solitaires". Sublime version, qui place en lumière le si joli texte de Jacno ou d'Elli Medeiros, je ne sais, moins superficiel qu'il n'y parait.

 

m_136eea5bd5c636f126c11d00f5383636.jpg

www.myspace.com/armanmelies

 

05.07.2009

Des rencontres et des humains Ep 31

 

Et il y a la rencontre parfaite. Jamais de déception, un renouvellement permanent, de l'amour inconditionnel avec des « pour toujours » qui tiennent.

Elle est là quand je ne vais pas bien. Même inconsolable. Présence muette, qui pourtant me murmure à l'oreille des lendemains qui chantent. Vocalise à ma place mes illusions perdues. S'enroule autour de moi quand je chéris ma peine. Me berce de mots apaisants.

Elle est là quand je vais bien. Prend des accents brésiliens, elle le sait, c'est irrésistible. M'entraîne dans l'allégresse. Fait jaillir, la gaîté, la joie de vivre. Me fait danser. Sauter. Vivre un peu plus que d'habitude.

Elle est là, toute la journée, souvent la nuit. Elle est universelle, n'a pas de barrières, de préjugés ou de racismes. Elle est l'amie de tous mais surtout la mienne. Elle est anglo-saxonne mais aussi haïtienne, jamaïcaine, italienne ou japonaise. Je l'aime quand elle est française, c'est à travers cette langue que je suis la plus exigeante avec elle.

Elle n'a aucun espace-temps. Elle est là depuis toujours. D'aussi loin que je me souvienne. Le monde sans elle, perdrait un peu de son sens, car elle exprime mes émotions quand je suis démunie. Si je devais me priver d'elle, ce serait me couper une jambe. La pire des punitions. Si je ne l'entendais plus, je serais désespérée.

Elle était sous influence, quand j'étais enfant. Classique. Mon environnement l'orientait. Elle et moi, on ne se choisissait pas à l'époque. Depuis, cela a beaucoup changé. C'est moi qui l'incline. Mais elle me réserve toujours des surprises, me tombe dessus quand je ne m'y attends pas. Elle est de tous mes moments forts. Pas un souvenir sans elle. Elle parle de moi à travers mes âges.

Elle est le grand regret de mon père à mon sujet. Car j'étais douée pour elle, il paraît. On me l'a mise dans les mains, et ce fut tout de suite ma meilleure amie. Effectivement, c'était facile pour moi de jouer avec ses clés, de passer de l'une à l'autre. C'était déconcertant pour mon entourage. J'ai été douée pour quelque chose. Pour elle. Un adulte m'en a écoeurée. On m'avait enfermée avec elle dans un conservatoire. Et me faire hurler dessus pour elle, n'a pas été supportable. D'un commun accord, nous avons décidé toutes les deux qu'elle se contenterait de m'accompagner. Elle ne deviendrait pas ma vie.

Elle m'a suivie à l'adolescence, elle était noire, elle était pessimiste. Et puis, toutes les deux, nous sommes allées voir « Purple Rain » de Prince. Une révélation. Nous allons aimer le funk, la soul pour toujours.

Au gré de mes rencontres et des humains concernés, nous allons évoluer ensemble, mais elle est la plus fidèle d'entre tous. Je sais que je peux tout perdre. Pas elle. Elle est la plus sûre de mes alliés. Il ne se passe pas un jour sans que je l'entende. Et mon amour pour elle est sans limites.

La musique.

C'est le dernier des « rencontres et des humains ». Tous les textes étant construits en fonction de la musique ou inversement, il était évident que ce serait elle, la dernière. La musique. La rencontre toujours parfaite, jamais source de frustrations, toujours fruit de nouveaux bonheurs.

Il existe des humains pour lesquels la musique n'est pas importante. Ça me dépasse, me consterne. Je trouve toujours ça symptomatique d'une pauvreté de cœur. Je ne comprends tout simplement pas, et autant je crois avoir beaucoup d'empathie pour pas mal de choses, autant ne pas écouter de musique est pour moi rédhibitoire. Je ne peux pas être amie avec quelqu'un qui ne peut pas parler de musique trois minutes. D'ailleurs, je m'en suis aperçue tard mais c'est devenu effectivement un critère de sélection. Je me méfie des gens qui n'ont aucun penchant pour la elle. Comme dit si bien Ian Mc Ewan « Elle aimait la célèbre fresque dépeignant, lui avait-on dit, l'appétit de l'humanité pour l'abstraction magnifique de la musique, avec le génie de l'harmonie représenté sous la forme d'une boule de feu éternel »

Ou encore « La musique met l'âme en harmonie avec tout ce qui existe. » Oscar Wilde. « La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée. » Platon. « La musique est peut-être l'exemple unique de ce qu'aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes. » Marcel Proust.

Je peux continuer ainsi très longtemps. Les humains qui n'aiment pas la musique ne font pas partie de mon monde. J'ai un peu de mal avec ceux qui restent coincés dans une époque. Ils bloquent leurs vies quelque part. Refuser l'évolution naturelle de la musique, c'est quelque part manifester un blocage sur le fait de vieillir. Et c'est inévitable, plus le temps passe, plus nous nous raccrochons à nos nostalgies musicales. Je n'y couperai pas. Je n'ai qu'à voir mon père, écoutant toujours du jazz Nouvelle-Orléans, de l'opéra. Mais qui a toujours le premier 45 tours de Jimmy Hendrix...Il a une belle collection.

L'ipod fut une révolution dans ma vie. C'est mon boss qui m'a offert le premier. Mes amis m'ont fait cadeau du second. Mon amoureux le troisième. Nous nous sommes toujours dit qu'un vrai cadeau coûtait un peu de soi. J'avais un 30 gigas. Il en avait un de 60. Il m'a spontanément donné le sien. C'était un bien joli cadeau. Et je l'en remercie encore. Il m'a permis d'accumuler, ma belle collection d'indispensables, d'inédits, de rarissimes, de classiques, de nouveautés. 5571 morceaux. Quasi 30 gigas. Plus mes sauvegardes. Plus les cds. Plus tout ce que j'ai semé au gré du vent.

Conclure par la musique, évidemment. Le dernier « Des rencontres et des humains ».

Je me suis rendue compte, il y a peu, que cette série ne concernait que des humains avec lesquels j'avais le sentiment d'une erreur. Ce n'était jamais des choix hasardeux. 31 sujets. 31 rencontres. En fait 30. Je me suis trompée. J'ai tenu tout le long de l'année. Parfois sans envie, parfois je trépignais d'impatience. Je tenais à parler d'eux. Le dénominateur commun ? Oui, ce sentiment d'erreur, ou d'inachevé. Ou d'ambivalence. C'est la fin d'un cycle. J'ai mis sur la table tout ce qu'il y avait à savoir sur moi. En 2007, quand j'ai commencé les blogs, c'était très désordonné. Et puis, il y a eu le brouillon de roman qui m'a permis de régler ce que je portais comme la plus grande faute de ma vie. J'ai posé ma culpabilité sur le côté. J'ai continué avec « Des rencontres et des humains ». J'ai réglé mes comptes avec moi-même en quelque sorte. Un long processus de réparation d'égo. L'exhibitionnisme au service d'une réhabilitation.

J'en ai fini, je crois. Pour l'instant, en tout cas. J'en ai fini avec moi.

Je vais écrire autre chose la saison prochaine. La saison 3. Je me pencherai sur des inconnus. Dialoguer avec eux, des interviews subjectives d'humains sans gloire et sans musique mais avec un destin particulier. Je m'emparerai de leurs vies, je les ferais miennes, et je tenterai de les restituer, un stylo à la main. Et toujours de la musique pour illustrer. Elle donne toujours le tempo, l'intonation, la tonalité.

En écrivant ce texte, je me suis demandée quelle serait la bande originale de ma vie. Je me suis essayé à l'exercice. J'en ai fait une playlist. Valable aujourd'hui. Probablement qu'il y aurait des variations même si l'essentiel y est. Mais je vous quitte quand même sur une chanson précise. Une des chansons les plus cinématographiques que je connaisse, de celles qui emportent votre imagination, vous emmène ailleurs... Et pour rendre hommage à la musique, ma belle alliée, je choisis la version live.

Un tour de force.

Goldfrapp, « Lovely head ». Pour l'avoir chanté tant de fois quels que soient mes états d'âmes.

Moi seule avec la musique.

« I fool myself
To sleep and dream
Nobodys here
No-one but me
So cool »

C'est fini pour cette saison...

 

 



03.07.2009

DReam of life : Patti Smith

 

patti-smith-leibovitz-740049.jpg

Un chamane. Un chamane qui se perd au Japon. Un concert qui tourne à la scène christique. Une femme qui a perdu son frère et qui vous explique que cela l'a rendue positive. Elle est magnifique de façon totalement fulgurante et éphèmere. Des scènes de tendresse avec ses parents. Elle. Son allure incroyable. Les textes d'une poésie déstabilisante. Sam Shepard qui se fout de sa gueule parce qu'elle joue de la guitare comme une brelle."Je n'essaie pas de faire sensation". Elle est. Capacité de revolte intacte. Une phrase de Jackson Pollock : "Picasso fait chier, il a tout fait". Un sourire extraordinairement lumineux et à la fois carnassier. De l'appétit. Elle trimballe une toute petite part de cendres de Robert Mapplethorpe à travers le monde. William Burroughs. un voyage au Tibet. Allen Ginsberg. Gregory Corso "plus élégant et irrévencieux poete de la beat géneration". "Souviens toi que tu vas mourir mais pas la poésie". Politique. Infiniment politique. Des vocalises avec ses musiciens. Une danse. Patti Smith en vieillissant ressemble de plus en plus à un indien. Un indien guérisseur. Un chamane.

Onze ans de tournage. « L'endurance nécessaire pour tenir le coup et pour filmer ces instants-là. ». 100 000 dollars de dettes. « Il émanait déjà de ce film tant de parfums différents-la musique, la peinture, les photos, et voyages. J'avais envie que ce film soit une sorte de prolongement de l'esprit de Patti. Il faut dire que son esprit a une sacrée intensité. Il est abstrait. Provocant. Elle ne s'arrête jamais de réfléchir.La narration de Patti est si poétique qu'il me semble que le film pourrait s'assimiler à la lecture d'Alice au pays des merveilles »

Patti Smith (née Patricia Lee Smith le 30 décembre 1946 à Chicago, Illinois, États-Unis) est une musicienne et chanteuse Rock, poète, peintre et photographe. Mariant la poésie Beat avec le Rock "garage" des années 1960 et 1970, elle a été considérée comme la "marraine" du mouvement punk de la fin des années 1970.

Steven Sebring est un photographe de mode.

dreamoflife.jpg

"Dream of life" : documentaire musical. 1h49.

http://www.dreamoflifethemovie.com/

Merci à Xavier du bureau de presse Attitude d'avoir pensé à me l'envoyer spontanément ;)


 

10.06.2009

Les interviews subjectives : PacoVolume

 

pacovolume.jpg


Des carrés, des ronds, de la musique, des icônes, de la fantaisie, de l'ordre, et du désordre, de la sensibilité, des vestes militaires, des mecs perturbés, et des filles qui vieillissent : le théorème de PacoVolume.

Je continue les interviews subjectives avec lui. La rencontre se fait dans "the new place to be", l'hôtel particulier, rue Junot dans le 18ème. Un bel hôtel niché dans un havre de verdure.

C'est sa première journée de promo. Ses rires sont clairs, ses sourires gênés ou ironiques, ses propos francs et sincères. Il est installé dans le jardin, détendu & souriant. Il fait l'effet d'être idem à la vie comme à la scène. Je le rejoins avec ma petite idée toute faite. Il me regarde et la démonte tranquillement. Un échange riche, naturel et drôle. Et le malentendu va se dissiper à la première minute. Je parle de concept global : nom d'artiste, biographie délirante sur son myspace, pochette d'album, clip, quelque chose de très sophistiqué. Carré. PacoVolume, lui, me dit qu'il est arrivé avec sa musique. Juste sa musique. Son nom, c'est juste deux mots jetés sur un myspace crée deux ans auparavant. Un surnom et un mot sur lequel ses yeux se sont posés. Pas plus. Pas moins. Ce qu'il voulait, c'était partager ce qu'il composait avant tout. Au final, j'ai envie de lui dire, maintenant que je l'ai rencontré, que le terme "Volume" va bien avec son sens de la géométrie. Et Paco pour sa fantaisie toute latine.

Oui, c'est un fantaisiste qui court après le rationnel. Une certaine organisation. Tout le long de la conversation, il tiendra à répondre précisément à toutes mes questions, mais partira quand même dans des digressions. Et me regardera, vaguement taquin en me disant "C'était quoi la question, déjà ?"... C'est un rond aspirant au carré. Il n'aime pas ça, d'ailleurs, dans notre société, cette manie du rond: les voitures, les objets, les gens aussi. Lui qui n'aime que les angles à vif. Les contrastes. Cela se retrouve dans sa musique : grand sens de la mélodie, joli cercle de notes, et des arrangements exacerbés, pointus.

 

pacovolume_2.jpg


Il fonctionne seul normalement. Il compose, et joue quasi de tous les instruments. Il précise "Pas comme Bach, hein ?!", soucieux de dissiper un malentendu qui pourrait s'installer. N'empêche. Il aime les choses qui traversent leur époque. Son album, il aimerait bien qu'il tende du côté des grands crus classés. Comme un bon vin qui vieillirait bien. Après tout, PacoVolume était dans une autre vie 5e meilleur dégustateur de vin en France. Ouais. Rien que ça. Entre deux tours de musique. Si l'EP qui m'amène à le rencontrer est composé de cinq chansons, seules deux survivront dans l'album. Les trois autres aux arrangements plus électro, ont posé la problématique du temps. "Des chutes de luxe" dit-il. Le son "électro" se date facilement. Un peu comme le beaujolais. Et ses envies avaient changé. Il désirait un album de garde. Il s'est tourné vers un style beaucoup plus pop rock du coup. S'est trouvé une caution en la personne de François Chevallier (Arcade Fire, Coldplay, Emilie Simon ), lui qui s'est retrouvé seul face à la machine du monde du disque. Question d'équilibrer les forces. Et Romain Chassaing pour le visuel.

Mais peu importe les fanfreluches, les décorums, les arrangements, points de vue ou images du monde subjectifs. Démonstration mathématique faite avec "Manhattan Baby", que j'ai pu entendre dans deux versions. Les deux sont géniales. Et c'est ma préférée. C'est peut-être bien là, toute sa force. Créer des mélodies qui tiennent la route au-delà des arrangements. L'autre talent, c'est sa voix. Sèche. Rêche. Percussive. Comme un instrument supplémentaire. Il bat les mots, les maltraite. Des paroles qui ne parlent jamais de lui. Il dessine un parallélogramme, avec à l'intérieur une icône, une personnalité et éventuellement un lieu. Et dans cet espace géométrique, il laisse libre cours à son imagination, sa fantaisie. Comme quand il attrapait une pochette d'album de Nick Cave et se racontait son histoire, à défaut d'avoir accès à des informations. C'est Ardisson dans "Cookie machine". La série "Las Vegas" dans "Watching Las Vegas". Judas qui demande à Jésus de lâcher un peu la pression dans la chanson éponyme. Et Donald Trump dans "Manhattan baby".

"Manhattan baby" qui est le titre de son album. Depuis longtemps. Avant même d'être vraiment dans la musique. Parce que c'est un titre qui claque. Il aime ça. Il assume. Toujours narquois. La simplicité d'une certaine arrogance. L'ironie chevillée au corps. Toujours espiègle.

En attendant la sortie en septembre, il répète avec ses acolytes de scène : Fred Scamps, Antoine Boissetelle, Clément Fonio (Et je suis sûre que j'ai massacré leurs noms, pardon, pardon). Des répétitions qui génèrent un plaisir disparu à force d'avoir entendu ses chansons. Des morceaux qui parlent de mecs perturbés et de filles qui vieillissent dit-il. Un album qu'il est impatient de faire découvrir, frustré par des timings qu'il ne maîtrise pas mais qui sont indispensables. Ses vertigos, ses fantaisies le poussent vers l'impatience et son sens aigu de la précision l'apaise. Imagination VS science. Un rond qui aimerait être un carré toujours. Et pourtant, il me dit que ce sont les erreurs qui définissent peut-être le mieux un être humain. Allez vous y retrouver dans toutes ces figures : triangle, rond, rectangle, notes de musique. Car il n'y a que ça qui l'intéresse en fin de compte. La musique.

Tout corps plongé dans la musique, entièrement submergée par celle-ci ou traversant sa surface libre, subit une force verticale, dirigée de bas en haut et opposée au poids des contraintes de ce monde ; cette force est appelée « poussée de PacoVolume »

C'est le théorème de PacoVolume...

PACOVOLUME "COOKIEMACHINE" EP
Disponible en digifile limité à 300 exemplaires à partir du 2 juin et en digital

http://www.myspace.com/pacovolume

En prime, une interview filmée le même jour, l'équipe de TamamTamam, passé avant moi ;)

 

20.05.2009

Les interviews subjectives : Yodelice

 

YODELICE packshot album.jpg

Les interviews subjectives continuent avec Yodelice, joli projet né d'un rêve presque espagnol, et d'un désir de liberté de quelqu'un de connu. Subjectives car je ne retranscris pas les propos mais mes impressions qui ne valent pas grand chose ;)

Il s'est avancé vers la plage, a regardé l'horizon, vers l'Afrique, loin, loin de l'univers qui était devenu le sien. La casa « Yodelice » était juste derrière lui. Depuis ses 18 ans, la vie avait été « facile », le portant de projet en projet, sans jamais que l'envie d'être vraiment dans la lumière, d'être interprète enfin, ne prenne toute la place.

Regarder devant soi, être seul, éprouver du plaisir, partager, être sincère. À la casa « Yodelice », les notes qui s'accordent à ces états d'âme surgissent. Faciles. Revenir à Paris. Rencontrer. Rencontrer celle qui apposera des mots sur ces mélodies qui ne sont pas encore un album. Revenir en Espagne, à « Yodelice ». Imaginer l'enfance qui revient sous les traits d'un clown presque douloureux. Composer encore. Confier cet être, ce double à un ami qui va le mettre en scène. Lui et sa meilleure amie, une guitare en forme de tête de mort qui prendra vie grâce à un vieux luthier de Nashville. Boire des coups, discuter pendant des heures avec ce type, qui fabrique les guitares de Keith Richards & Georges Harrison. Et tilter quand il parle du « Tree of life », le nom américain de la technique pour fabriquer un manche de guitare. Ce sera le nom du disque, évidemment. « Tree of life », l'arbre de vie, de toutes les vies... Parce que cela reflète sa tonalité boisée, naturelle, l'aspect école de la vie. La vie qui le conduit à Los Angeles pour finaliser tous ces mots épars.

Le spectacle peut presque commencer...

 

 

yodelice 1.jpg

Mais avant. Juste avant écouter l'album. Il est encore là à la toute première chanson. « Insanity ». La folie douce plane sur tout l'album. Ces moments de flottement où l'on ne sait plus trop ce que l'on est devenu. La folle légèreté de l'enfance aussi. L'insouciance perdue. La déraison qui s'empare de nous quand l'alcool vous réconcilie avec l'inconscience. Il est encore là. Mais à la seconde chanson « A Sunday with a flu », il a perdu les clés et refermé la porte. Il disparaît. Yodelice arrive sur la pointe des pieds. La maison, le trip a pris corps. « Un botox mental » dixit. Il vient de naître. Il met son drôle de chapeau, sur le troisième morceau. Sa larme comme une cicatrice sur la joue sur « Alone ». Yodélice nous fait un strip-tease à l'envers. Il s'habille, se pare tout le long. L'horizon espagnol prend ses quartiers au milieu de l'album. La gratte « flamenquise ». Yodélice est pleinement là. Son costume rayé et sa meilleure amie, la mort sa guitare...Mine de rien, je n'ai pas vu le temps passer, c'est la fin de l'album, et je remarque que Yodelice si clair il y a quelques minutes, s'estompe. Le temps de me retourner, il a disparu. Il est à nouveau là.

Maxim.

 

yodelice_122.jpg

Caché. Qui marche le plus à découvert sur le morceau masqué de l'album. Celui qui conclut l'album. Seul au piano. Il dit que tout ce qu'il a à dire se trouve là, niché dans cette équation de notes, ce qui forme l'équilibre fragile, une mélodie. Pour les paroles, c'est la comédienne et dramaturge Marianne Groves qui a su poser les bons mots sur la musique. Son ami Bastien Duval, réalisateur a mis en scène le concept de Yodelice., et la fameuse guitare qui, elle, sera fabriquée par Danny Farrington. Abraham Laboriel, à la basse. Une équipe. Des musiciens, des décors, des silhouettes. Cesser d'être seul, être en collectif.

Un spectacle.

 

yodelice 4.jpg

Après avoir passé beaucoup d'années à servir l'univers des autres ( entre autres Jenifer ou autres « grosses machines »), Maxim Nucci a fini par servir le sien. Fantasmatique certes mais infiniment personnel. Poétique. Un voyage. Acheter l'album est incomplet. Il faut embrasser le projet comme un spectacle, intimement lié à la scène. Prêter attention à la pochette de l'album. Le côté touchant du personnage, enfantin et ce qui l'entoure, serpents, arbre à nu, corbeau et un porte guitare, éléments vaguement angoissants.

Yodelice, « Tree of life » , est un joli cadeau que nous fait Maxim Nucci. Il est là, assis en face de moi. Incertain. Il s'est caché derrière son allure, les lunettes noires, les cheveux tirés en arrière, la barbe, les bracelets, les fringues. Et dès que nous nous mettons à parler, la spontanéité revient. Les mains qui bougent. Des regards où l'enfance passe. Et des sourires de trentenaire. Sa voix a vécu et ça lui va très bien. C'est sur « alone » qu'elle me touche le plus. En fait, en y regardant de plus près, je me demande si Yodelice n'est pas la problématique permanente de Maxim Nucci, poussée à l'extrême. Comme planqué derrière l'allure branchée d'un musicien français un peu trop gâté par la vie. Qui sourit, dit bonjour à 15 personnes, sollicité, impeccable. Le bon accessoire, le bon sourire, le bon mot, la bonne prestation. Alors que c'est un homme simple, spontané, enthousiaste, intelligent. Comme si la mise en scène avait commencé il y a très longtemps... Allez comprendre, la schizophrénie douce est toujours un peu parmi nous, non ?

Reste Yodelice, un concept, un spectacle. « Tree of life », onze chansons pour découvrir un univers pas si loin des frères Cohen, lui qui les aime tant. De la folk ensoleillée, parfois assombrie par quelques nuages de solitude, de perte, et de recherche de soi.

J'ai passé un joli moment avec Maxim. Ou Yodélice... Allez savoir ;)

http://www.myspace.com/yodelice

 

YODELICE packshot album.jpg

Déjà disponible

Mercury

 


 


 


 

 

 

Toutes les notes