18.09.2009
Des livres et du sens : Dave Eggers

"Le grand quoi" sort chez Gallimard et ce n'est pas un livre comme les autres. C'est d'abord l'histoire d'un de ces "Lost boys" : ces lost boys sont des enfants soudanais qui ont fui les milices, ont tenté d'échappé aux lions, continuaient leur route pour les survivants et arrivaient enfin aux Etats-Unis où la tranquillité n'était pas là pour autant. "Le grand quoi", c'est l'histoire de Valentino Achag Deng (ci dessus en photo prés de l'écrivain). Il a fini par s'en sortir et participe très activement à "The lost boys Foundation", qui s'occupe des jeunes réfugiés soudanais, association fondée par Mary Williams, fille de membres des Black Panthers et adoptée par Jane Fonda.
Le conflit soudanais a ceci de particulier qu'il se passe dans le seul pays africain avec un gouvernement islamiste au Nord, tenté par le pétrole du Sud et qui n'a rien trouvé de mieux que de rétablir l'esclavage, entres autres méthodes discutables, pour le récupérer. Valentino a réussi à s'en sortir mais le livre commence quand il croit qu'il va mourir parce qu'il se fait braquer dans son appartement à Atlanta ! Après avoir survécu à l'impossible...
"Le grand quoi" est un livre dont les bénéfices sont entièrement reversés à "The Lost Boys". Résultat : Plus d'écoles en trois ans que les organisations humanitaires n'ont faites, car corrompues, ou connaissant très mal le terrain.
Il vient d'être traduit et si vous voulez lire une histoire "délirante", dans le sens où c'est parfois inhumain, et participez à une cause, achetez-le. Le troisième roman de Dave Eggers vient de sortir aux Etats-Unis, pas encore traduit et cette fois-ci c'est sur Abdulrahman Zeitoun, immigré syrien, qui juste après l'ouragan Katrina s'est retrouvé accusé de terrorisme alors qu'il vivait aux Etats-Unis tranquillement et honnêtement. Les bénéfices sont eux-aussi reversés à une association qui tente d'aider la Nouvelle-Orléans.
Parce que Dave Eggers avait des parents engagés, parce qu'il l'avoue lui-même, être irlandais et catholique, ça prédispose à la culpabilité, il a décidé de donner un véritable sens à ce qu'il écrit. Donc que ces livres servent vraiment à quelque chose. Car "C'est bon pour les écrivains de sortir de chez eux. Ils doivent faire partie du monde".
Par ailleurs, au cas où vous vous poseriez la question, cet enfant prodige de la littérature américaine écrit bien...
Dave Eggers wikipédia
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11.09.2009
Edie Sedgwick, un destin perdu

J'ai toujours eu un faible pour les héroïnes trash. Par exemple, Je ne me suis jamais remise de la prestation époustouflante de Courtney Love, incarnant Althea Flint dans "Larry Flint". Et à mon panthéon personnel de femmes peu recommandables, il y a Edie...J 'ai rencontré Edie Sedgwick au détour d'un "magazine", quand j'avais 19 ans, ou plus. Un magazine publié par la fondation Cartier lors de l'exposition consacrée à Andy Warhol. Elle est devenue, aussitôt une de mes héroïnes...
J'aime cette fille. Ca devait être vraisemblablement une vraie pétasse par moments, enfant gâtée. Mais gâtée au deux sens du terme. "Abîmée, altérée, avancée, avariée, barbouillée, bichonnée, brouillée, cajolée, cariée, chouchoutée, choyée, comblée couvée, décomposée, défigurée, déformée, délabrée, dénaturée, déparée, déshonorée, détériorée, dorlotée, faussée, gâchée, moisie, pourrie, putréfiée, putride, sabotée, viciée. ".
Elle me fait toujours un peu mal au coeur quand je la croise de temps à autre en photo. Je la soupçonne d'avoir été brillamment intelligente. Peut-être trop pour le destin qu'on lui réservait. Intelligente et fragile, c'est toujours un cocktail détonnant.
C'était une princesse. Une vraie princesse rock'n roll. Brûlée par tous les bouts, par elle-même, par son père, par Andy Warhol. J'ai toujours considéré celui-ci comme un salopard de première classe. Et le culte que l'on lui voue me gêne toujours. C'était un beau pervers manipulateur et s'il a autant décliné les choses du quotidien ou les stars de notre société, c'est bel et bien parce qu'il se détestait plus que tout au monde. Il multiplie, il vulgarise, il range des humains au stade d'objets de consommation. Et non seulement, il l'a fait dans son "art" mais l'a véritablement pratiqué sur des êtres vivants. Parce qu'il ne se supportait pas, il détruisait les gens autour de lui. Je serais curieuse de compter le nombre de morts... Edie ne fit pas exception. Il l' a brisée. Quand il apprend par téléphone qu'elle est morte à 28 ans d'une overdose de barbituriques, il ne sourcilla pas. Il s'en foutait, il avait pompé tout ce dont il avait besoin. Ce type était un vampire de la pire espèce et son oeuvre n'est que l'étalage de ses crimes.
Edie avait un lourd passif quand elle a rencontré Warhol. Il fut son mauvais génie. Ou du moins, peut-être qu'il incarna, de chair et de sang, le côté sombre d'Edie. De la lumière, pourtant, elle en avait. Elle s'est dissipée dans les nuits enfumées et glauques de la factory.

Voyez cette image d'elle. Elle est multiple et pourtant comme absente...
Ces jours-ci ressort une biographie à son propos. Et les inrocks notent que s'il existe plein de témoignages à propos d'elle, elle est toujours comme un fantôme qui flotte au milieu des mots qui s'alignent les uns derrière les autres. Encore absente...
Reste la musique. C'est peut-être dans ce domaine qu'elle est encore la plus vivante. Quelques chansons ont été écrites en pensant à elle, ou dédiées à elle. Lloyd Cole and the Commotions dédie la chanson "Grace" à Edie Sedgwick sur l'album "Easy Pieces" en 1985. L'album "Sonic Temple" du groupe de rock britannique The Cult comprend la chanson "Edie Ciao Baby"en 1989. Elisabeth Anaïs écrit "Edie S." pour le premier album de Veronica Antico ("Les portes du ciel") en 2002. Et surtout..."Just like a woman" de Bob Dylan en souvenir d'une aventure amoureuse qui la laissera à terre, quand Andy Warhol apprendra à Edie de manière assez perfide, au moment où celle-ci s'apprête à rejoindre Bob Dylan, que celui-ci, en fait, s'est marié quelques mois auparavant.
Andy Warhol commandera une chanson à Lou Reed au sujet d'Edie, et le Velvet Undergound chantera "Femme fatale". Et Patti Smith , fascinée jeune par les membres de la Factory, en prenant garde soigneusement de ne pas s'y mêler, chantera la toxicomanie de Edie dans "Poppies".


C'est un livre remarquable qui lui aura été consacré là, fidèle écho de cette époque tout juste révolue, mais dont le sens nous échappe déjà, et dont nous ne garderions peut-être qu'un souvenir déformé, sans document de ce genre. Edie jette une lumière incomparable sur une histoire qui serait tragique si elle n'avait pas été trouble avant tout. Ce n'est pas une mince réussite. La lumière est chose précieuse, surtout lorsqu'elle jaillit du creuset de cette drôle de guerre qui restera dans nos mémoires sous le nom d'années soixante. » (Norman Mailer, 1987)"
Edie , une biographie américaine Sylvie Durastanti, Jean Stein, George Plimpton
Son histoire :
Biographie : source wikipedia
Edie Sedgwick est née à Santa Barbara en Californie d'un père propriétaire d'un ranch et sculpteur qui souffrait d'épisodes aigus de psychose maniaco-dépressive et dont le médecin lui avait conseillé de ne pas avoir d'enfant. Avec Alice Delano De Forest, ils en eurent finalement 8. Edie possède une illustre généalogie avec des ancêtres remontant à la révolution : son arrière-arrière-arrière grand-père était le porte-parole de la chambre des représentants du temps de George Washington. Juge à la cours suprême, il a plaidé et gagné le premier procès en faveur de la libération d'une femme noire.
Après avoir déménagé dans un ranch immense : le ranch La Laguna (2500 hectares), la famille devient dans les années 50 immensément riche en découvrant du pétrole sur son terrain. Ainsi la famille fait construire sa propre école sur sa propriété coupant ainsi ses enfants du monde réel.
Son frère Minty devient alcoolique à l'âge de 15 ans. Après avoir été interné dans un hôpital psychiatrique dans les années 60, il se pend la veille de ses 26 ans. Son autre frère Bobby souffre lui aussi de troubles psychiatriques. Edie quant à elle souffre d'anorexie et voit régulièrement un psychiatre dès le début des années 60. Elle déménage en 1964 à New York et rencontre Andy Warhol en janvier 1965.
Elle fréquente rapidement la Factory régulièrement et Andy la filme dans Vinyl et Horse. Très rapidement Andy s'entiche de Edie et il souhaite en faire la reine de la Factory : il fait écrire pour elle Kitchen puis Beauty N°2 dans lequel on compare alors sa performance à Marilyn Monroe. A cette période, Edie devient une muse pour Andy. Leur style de vie excentrique, leurs sorties nocturnes qui tournent en happening font les choux gras de la presse de l'époque. Sa liberté, sa beauté, son look font d'Edie un symbole de la culture jeune. Durant un an c'est la symbiose totale entre Andy et Edie : ils s'habillent souvent pareil, se coiffent à l'identique. Edie se fait teindre en gris-blond platine et se fait appelée Miss Warhol. Comme la majorité de ceux qui fréquentent la Factory, Edie devient rapidement accroc à l'héroïne et au speed en sortant avec le plus célèbre dealer d'amphétamines de New York. Edie à la beauté troublante et extrêmement moderne fait une brève carrière de mannequin dans Vogue et Life entre 1965 et 1966, mais n'a jamais pu réellement faire partie de l'industrie de la mode car trop stigmatisée par sa consommation de drogues qui effraie le milieu. Après s'être violemment disputée avec Andy qui va jusqu'à remplacer les scènes du film qu'il vient de tourner "The Chelsea Girls" et dans lesquelles Edie apparaît, par des images de Nico (autre icône de la Factory). Elle s'installe alors à l'hotel Chelsea où elle fréquente Bob Dylan. En 1966, après avoir été victime d'un accident de la route, alors qu'elle est enceinte (de B.D. prétend-elle), les médecins la force à avorter craignant pour l'enfant à cause de son anorexie et ses addictions aux drogues. Edie devient dépendante des barbituriques et de l'alcool et tente de décrocher de l'héroïne en prenant toujours plus d'amphétamines.
Après de nombreux passages dans des hôpitaux pour différentes overdoses et des internements en hôpitaux psychiatriques où elle subit des électrochocs (jusqu'à 20 en 6 mois), son frère Jonathan la décrit : « She couldn't walk. She'd just fall over... like she had no motor control left at all. The doctor did a dye test of some sort and it showed the blood wasn't reaching certain parts of the brain... She couldn't talk ».
La nuit du 15 novembre 1971, avant de se coucher son petit ami lui administre son traitement aux barbituriques habituel. Lorsqu'il se réveille à 7 h 30, Edie est morte d'une overdose. Elle avait 28 ans.

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08.08.2009
En coup de vent....
D'abord, ça...

Et au cours de mes pérégrinations, la lecture au long cours d'un livre. Dense, difficile, pas un roman de plage mais 500 pages de phrases merveilleuses, relire et relire pour savourer le sens de la formule, la poésie bouleversante. Trouvé chez mon libraire, une bouquinerie d'occasion tenue par un homme à la phrase assassine, "L'oratorio de Noël" est une merveille que je classe au niveau de "100 ans de solitude". C'est dire...
"C'est l'histoire d'une famille sur trois générations, d'abord la mère est piétinée par un troupeau de vaches, elle meurt. Le père vend la ferme et part vivre à Sunne, une petite ville de la Suède, avec ses deux enfants. Le père qui n'a jamais pu oublier Solveig, le père que la folie guette au tournant. Ensuite c'est la vie de Sidner, le fils. Un adolescent différent des autres adolescents et ensuite Victor, le fils de Sidner..."
Dès les premières pages, c'est le coup de foudre. Mais je sais que ce sera du boulot. J'ai souligné des passages et des passages, époustouflée par la lucidité, l'aptitude à dire autrement des choses tellement banales. Et toujours des humains flirtant avec la folie, un de mes sujets de prédilection.
Le mieux, c'est de laisser la place à l'auteur, Göran Tunström :
"Mais lire, c'était possible. Ouvrir un gros livre et s'enfoncer dedans ! La jungle sur une page, un fleuve impétieux de l'autre côté. Personne ne peut vous atteindre sur l'étroite corniche entre le Point et la Lettre Majuscule. Comme un cloporte (le lecteur), il peut se glisser entre le papier et le mot, rester immobile, parfois jeter un coup d'oeil un peu plus loin. Il peut chatouiller le dos des mots et lui seul les entendre rire. Il peut errer dans la forêt des mots où les jeux de lumière sont si beaux et, à chaque tournant du texte, découvrir du nouveau : des mots comme des arcades, comme des feuillages d'arbres, comme des corps et des flammes."
"Ils étaient couchés ici, chacun devant la porte de l'autre, écoutant le vent qui se levait, qui faisait trembler les fenêtres et faisait haleter les étoiles derrière les carreaux. Chacun frappait doucement à la porte du deuil de l'autre, mais les murs étaient encore trop épais pour qu'on put entendre des mots, pour que des signaux pussent passer, qui les auraient fait alors ouvrir l'un à l'autre."
"Que la vie soit un mystère, c'est une bonne invention, pour que nous soyons occupés par quelque chose"
"Je n'ai rien d'autre. Je suis mauvais en ce qui concerne la vie. Il y a comme une pellicule entre la vie et moi. Mais quand je crie... je veux dire quand j'écris....alors je m'imagine que cela s'entend à travers la vie et droit dans..."
"La vérité ! répondit Marc Chagall avec un petit sourire. tu ne l'atteindras pas de cette façon. Passe au-delà de l'imaginaire, là-bas tu trouveras quelque chose de vrai"
"Il existe des gens dont la nature est multiple. Ils arrivent à doubler, oui, à multiplier par dix leur existence et leur présence. Ils se manifestent auprès de ceux qui sont en difficultés, auprès de ceux qui n'ont personne avec qui partager leurs peines ou leurs joies. Ils avancent dans la vie pourvus de grandes antennes"
"Car il n'est pas vrai que nous possédons un moi réel, pensa-t-il ensuite, nous en possédons plusieurs, certains forts, d'autres faibles, il n'existe en nous qu'un chaos bouillonnant de volontés et de non-volontés"

Et il eut tant d'amour, de complicité...
Je repars. Bonne lecture.
15:02 Publié dans Quelques livres en passant | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : guntran tunström, l'oratorio de noël, livres, livre, vacances
03.07.2009
Entre le rejet et le coup de foudre

« L'écriture est une mésaventure que j'ai toujours désirée... » Régis Jauffret
C'est le premier bouquin de ma vie que je suis pressée de finir, tout en espérant voir le "héros" crever.
De tout mon coeur.
Très vite, j'ai eu envie de jeter ce livre par la fenêtre. Mais Régis Jauffret retient ma main...
16:49 Publié dans Quelques livres en passant | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : regis jauffret, rejet, coup de foudre
21.03.2009
Toutes nos prières t'accompagnent, cher frère

55 pages. 60mn voire 30mn de votre temps. Je ne vous raconterai pas de quoi il s'agit. Ce n'est pas un livre. C'est un souffle coupé.

Ecrit par une mère de famille en 1938. Et qui a toujours refusé le statut d'écrivain.
"Inconnu à cette adresse". Taylor Kressmann. Editions Autrement Littérature. 7,95 euros.
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04.02.2008
Regarde les hommes tomber...
Voilà, ça, c'est fait, j'aime à la folie ce titre, comme tous les titres des films d'Audiard.

Regarde les hommes tomber, je crois que c'est ce que fait précisément Nicolas Fargues.
J'ai lu "Ero dietro di te"....
"J'étais derrière toi".
Je ne suis pas suffisamment cultivée pour prétendre que c'est de la grande littérature. C'est juste que ma sensibilité a trouvé résonance en ces lignes.
Les femmes ont un rapport exacerbé avec la lâcheté des hommes.
"LACHE !", "TU N'ES QU'UN LACHE", "LES HOMMES SONT TOUS DES LACHES !". Que celle qui n'a jamais prononcé ce mot me jette la première pierre. C'est rare de qualifier une femme de la sorte. La couardise, apanage des hommes ? Je crains que non mais les stéréotypes sont bel et bien inscrits dans notre patrimoine génétique. Avec ce roman de Nicolas Fargues, bienvenue dans les méninges masculines.
"C'est dans la trentaine que la vie m'a sauté à la figure. J'ai alors cessé de me prendre pour le roi du monde et je suis devenu un adulte comme les autres, qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il est. J'ai attendu la trentaine pour ne plus avoir à me demander à quoi cela pouvait bien ressembler, la souffrance et le souci, la trentaine pour me mettre, comme tout le monde, à la recherche du bonheur. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je n'ai pas connu de guerre, ni la perte d'un proche, ni de maladie grave, rien. Rien qu'une banale histoire de séparation et de rencontre."
"Ero dietro di te", l'impression de pénétrer une psychologie masculine, de fouiller son raisonnement, de toucher du doigt sa terreur, cette peur panique du conflit, des conséquences. Le désespoir de s'apercevoir qu'il n'aime plus sa femme. La detresse de n'être qu'un mec comme les autres. Pas mieux, pas pire. De ne pas être devenu le Spiderman du quotidien. Se faire démolir par une femme. Consciencieusement. Méthodiquement. Violemment. Et s'abandonner à cet état de fait. Renaître. Tenter d'être en accord avec soi, timidement, maladroitement, comme un début de convalescence après une longue maladie de la conscience de soi.
Une banale histoire de tromperie qui tourne au carnage sentimental & familial. Phase doute. "En gros, j'avais un besoin panique, vital, de me voir confirmer que, comme n'importe quel autre mec, j'avais la possibilité de faire vibrer une femme, de lui donner au moins l'envie de me toucher et de m'embrasser ". Phase arrogance. " J'appelle Alice (..) J'appelle sans honte (...) ma double vie de mari adultère commence officiellement (...) Tu te retrouves avec, dans la tête, le sourire amer de la médiocrité impuissante, tu réalises que tes illusions étaient bien trop pures pour toi, tu as mentalement le sourire mauvais du mec qui ne sera jamais au dessus de la moyenne". Phase culpabilité."Je n'ai pas fait le moindre faux pas pendant les deux mois qui ont suivi, je te le jure aussi, pas de faux pas, je me suis mis plus bas que terre, j'ai obéi comme un chien galeux, je me suis foutu minable pour elle, mais rien à faire". Phase abdication."Je pense : "Mais elle se demande même pas une seconde , cette conne, si j'ai du boulot." Je pense "salope, pute", mais je dis : "O.K, on y va". Phase finale. "je pourrais si facilement craquer une énième fois et me dire que je n'ai pas le droit d'abandonner une enfant en détresse pleurant devant son jouet cassé, que je peux la sauver, que c'est mon devoir, moi qui ai la chance de ne pas autant souffrir qu'elle de mes propres contradictions. (..) Mais c'est fini, le monde vient de rebasculer d'un coup, c'est la vie crue, la vie est un bain d'eau glacée dans lequel on te plonge la tête un beau jour jusqu'à ce que tu t'y fasses, je l'ai bien compris, (...). Elle me brise le coeur mais c'est à moi que je dois penser désormais, c'est une question de vie ou de mort. C'est elle ou moi, et ce sera moi."
Je comprends bien ce sentiment là. J'éprouve de l' Empathie pour cet état. Et ce qui était le plus fascinant, pour moi, c'est de vivre une chute et une renaissance coté masculin.
Nicolas Fargues sort un nouveau livre. "Beau rôle" et je ne l'ai pas lu.
"Du personnage de Beau rôle, jeune acteur « satisfait d'être libre et relativement célèbre, satisfait d'exercer un métier enviable, satisfait de n'envier personne », on ne sait trop s'il est carrément insupportable ou finalement touchant. Il est en tout cas, à lui seul, un concentré des contradictions et des faiblesses, cynisme et sentimentalisme mêlés, du jeune mâle contemporain imbu de lui-même mais secrètement rongé par le doute. Si on ajoute à cela qu'il est métis, et de fait à l'aise nulle part, on comprendra qu'Antoine Mac Pola est une figure typique des romans de Nicolas Fargues qui trouve là, de l'Europe aux tropiques, une nouvelle occasion de décrire avec une précision à la fois féroce et totalement désinhibée toutes nos complaisantes manières, qu'elles soient amoureuses, sociales, ou ethniques, de composer avec notre médiocrité."
Regarde encore les hommes tomber
14:10 Publié dans Quelques livres en passant | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, bouquins, nicolas fargues

