30.06.2009
La fin d'un processus
C'est une période formidable. Vraiment. J'ai déjeuné avec la réalisatrice du documentaire, Michèle. Elle est arrivée lumineuse et souriante. Je crois que nous étions ravie de nous revoir.
Je lui ai dit. Je lui ai dit que j'avais aimé ce qu'elle avait fait. Que c'était moi dans ce documentaire. Ni géniale, ni nulle. Juste moi. C'est un documentaire humain et honnête. Comme elle dit si bien, il s'agit de la beauté du commun, du banal. Et nous sommes arrivées à la même conclusion, c'est beaucoup plus compliqué de magnifier des choses très simples que d'agir dans l'extraordinaire. Tous les protagonistes de ce documentaire ont des vies banales. Et pourtant...
Je lui ai dit que j'avais été stupéfaite de m'apercevoir grâce à ce documentaire que toute une partie de la population trentenaire n'existait pas à la télé. Des gens comme Nicolas que nous ne voyons qu'en guerre. Ils existent ces trentenaires "ouvriers" ! Et je le salue bien bas, lui, sa cohérence, sa pugnacité, sa révolte.
Je suis passée par des états d'âme très différents depuis une semaine. Et lundi, à l'aube de la diffusion, je me suis sentie extrêmement fragilisée, très exposée. Je ne m'en suis pas aperçue avant mais qu'on ait pu lire des choses que j'avais décidé de ne plus donner a été forcément perturbant. D'autant plus, que c'est précisément pour ne pas heurter que j'avais dépublié. Maintenant, c'est fait et c'est bizarrement libérateur. Il n'y a plus grand chose qui me retient. J'avais commencé à corriger, et là je vais envoyer le début du manuscrit à lire. Je me lance puisque le mal est fait.
Il y a eu donc cet épisode et le documentaire où, à un moment donné, je dis des choses assez intimes. Encore exposée, encore fragilisée. J'ai passé la journée du lundi à vif. Je me donnais l'impression d'être une géante nue dans la rue. Une fois que cela a été diffusé, le retour de mon entourage. Confirmation : c'est moi. Juste moi. Avec mes failles, mes questions, mes fragilités. Et je ne peux pas trop expliquer pourquoi mais j'ai su que j'avais conclu.
J'ai entamé il y a plus d'un an un long processus de réparation d'égo. Ma relation amoureuse avait déjà amorcé cette mécanique. Ce regard masculin et bienveillant m'avait déjà tiré vers le haut. Mais c'était insuffisant car cela devait forcément passer par moi. Alors le blog. De manière très désordonnée au début. Et puis "Des rencontres et des humains". Par le biais d'histoires qui sont les miennes ou pas, peu importe, je me suis lentement déshabillée, j'ai posé mes valises les unes après les autres. Me délestant de ce qui me pesait, m'empêchait parfois de respirer. Le documentaire où je suis allée encore plus loin dans l'exhibitionnisme, a achevé ce processus. Je me suis réconciliée, je crois, de manière définitive avec moi. J'ai mis sur la table tout ce qu'il y avait à savoir. Même l'ébauche du roman, ce n'est que cela. L'écriture a été une formidable thérapie. Quand le documentaire est intervenu dans ma vie, j'étais prête. J'avais suffisamment réfléchi à mes problématiques. Je ne prétends pas tout savoir sur mes motivations, mon inconscient et ce qui me gouverne réellement. Mais j'en sais un peu plus que la moyenne, ça, c'est certain. Je me suis remise en question. Je ne suis plus un être humain défaillant aspirant à être aimée à n'importe quel prix. J'ai réussi le pari d'être un peu plus équilibrée. J'ai appris à vivre sans l'impérieux besoin de plaire à tout le monde. En m'exhibant, en exhibant mes poids morts, je m'en suis débarassée. Ils sont juste à côté de moi, et je les regarde avec tendresse. Ils m'ont fait telle que je suis.
J'en ai fini avec tout cela. Je vais terminer "Des rencontres et des humains". J'arrête autour du 13 juillet. Et je vais passer à autre chose. Mon égo est réparé, je peux passer à la fiction pure. Je continuerai ici à livrer quelques réflexions personnelles, la Valse est mon journal de bord. Mais, pour le reste, j'ai envie de m'amuser avec les gens. De créer quelque chose de plus interactif chaque dimanche.
Je ne le savais pas quand j'ai commencé. Inconsciemment, mon cerveau (malade, lol !) s'est arrangé pour me sauver. Tout ce qui me gênait chez moi, je l'ai jeté en pâture. M'aimerez-vous après cela ? La réponse est oui, pour ceux qui tiennent à moi.
Le blog est un outil formidable. Vraiment. Il me reste quelques sujets à aborder. Mais je m'aperçois que ce sont des histoires où j'ai été totalement victime et là n'est pas le propos. Le sujet, c'était les histoires où j'ai eu ma part d'ombre, où parfois je n'étais pas glorieuse. Mes erreurs. Je continue d'y réfléchir mais je ne vois plus grand-chose.
Oui, j'en ai terminé avec ce processus de réparation d'égo.
(Note inachevée)
12:34 Publié dans journal de doc | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : égo, réparation, réconciliation
22.06.2009
Vieillir a du bon...
Oui, vieillir a du bon. Vraiment. Ou alors, le temps joue pour moi, je ne sais pas.
La semaine fut riche en rebondissements. Des évènements que j'aurais très mal vécu en temps normal, ont finalement glissé sur moi. Et le peu d'angoisse que cela a généré en moi fut apaisé en un coup de téléphone, une voix chaude, et quelques mots rassurants. Quant au stress que cela a pu déclenché ailleurs, je l'ai parfaitement géré. En tout cas, du mieux que je pouvais. C'est là où je vois que la complicité forgée en des temps difficiles est solide. Et plus les épreuves arrivent, plus la connivence est forte. Finalement, je suis heureuse que rien n'ai été facile. C'est d'autant plus solide.
Les enfants vont bien. Charlotte a même décrété que sa psychothérapie était terminée. Nous nous sommes regardés en souriant avec sa psy. Nous avons juste demandé une séance de clôture. Et nous aviserons à la rentrée. Je suis face à une pré ado avec beaucoup de caractère, mais confiante en elle, très entourée. Autonome dans ses affaires d'école que cela soit révisions, devoirs, et contrôles. Ce sont ses notes, elle le sait et elle se gère de main de maître. De même, ses rapports avec son père sont ceux qu'elle souhaite. Inexistants. Elle est philosophe. D'une rare intelligence. Et indépendante. J'ai entièrement confiance en elle. Elle prévient quand elle a "des trucs à faire". Elle gère parfaitement l'autonomie que je lui donne. Nos conflits sont de plus en plus rares et nous nous efforçons de toujours dialoguer.
Baptiste est une boule de sourires et de rires. Il est bien dans sa peau, coqueluche de l'école. Extrêmement populaire, voire trop. Il a encore du mal à dire non et se fait parfois objetisé par ses potes. La situation s'est débloquée vis à vis de l'homme qui passe. Il lui parle, lui sourit et échange avec lui. Mon petit garçon qui a eu tant de mal à se sentir en sécurité, y est arrivé. Il est plein de joie de vivre et impatient d'apprendre et d'aller en CEP. Il est gentil, intelligent, un peu dans la lune, légèrement focalisé sur la wii (lol) mais il prend beaucoup de plaisir à faire autre chose.
Les amis vont bien. Mise à part la petite trahison de celui que je soupçonne. Mais contrairement à avant, j'ai tout mon temps. ca tombera un jour ou l'autre et nous règlerons nos comptes. Ça ne me stresse pas plus que ça. J'ai rangé cela dans un coin de ma tête. C'est pour cela que c'est bon de vieillir. Pour ce genre de choses. Là où on en aurait fait une affaire d'état, ne reste qu'une légère bousculade. Je sais où est l'essentiel.
J'envisage à présent la quarantaine sereinement. Depuis quelques années déjà, je me réconcilie avec moi et je crois que ça se voit. J'ai la fin de la trentaine, belle. Des projets. Des vacances en famille, et sans, avec enfants et sans. Ici ou ailleurs. De l'amour comme s'il en pleuvait. Je suis stable. Je suis beaucoup plus calme. Je suis rassurée.
J'ai vu le documentaire. Et je n'ai rien appris de plus. C'est moi. Il n'y a aucune arnaque. C'est bien moi. Je crois que si ce doc devait m'apporter quelque chose, il l'a fait en amont. De manière plus générale, il est très intéressant. il balaie vraiment un éventail large d'humains trentenaires. Il reste humain. Et il ne fournit aucune réponse toute faite. J'ai aimé les gens qui sont dedans et je me suis parfois reconnue chez certains. C'est un bel éclairage. Je suis très fière d'avoir participé à ce projet et je déjeune avec la réalisatrice mardi. j'ai hâte de la voir. J'aime beaucoup cette femme.
L'été arrive et sa douceur de vivre. Je me sens semblable à lui.
12:34 Publié dans Une petite note en passant | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : quarantaine, apaisement, plenitude, sérénité
21.06.2009
Des rencontres et des humains Ep 29
Il est assis sur une chaise. Dans la salle à manger. Grand. Tellement grand. Mon Dieu. La responsabilité est écrasante.
Quand je vais mourir, il n'y aura pas tant de choses que cela dont je serai fière. Ne nous leurrons pas. Mais quelques-unes. Dont lui. William. Ça s'est terminé en queue de poisson mais je reste pleinement satisfaite de cette rencontre-là. Je n'ai pas reculé, j'ai assumé concrètement des convictions auxquelles je tiens plus que tout. Vous savez, ces rares moments où l'on se sent pleinement et pratiquement cohérent avec soi-même. Cet acte que vous posez, c'est vous. Cela vous ressemble.
William.
Je n'ai pas partagé grand-chose avec mon ex-mari. Pourtant, au début de notre mariage, nous avions les mêmes valeurs. Vraiment. Et ce n'était pas des paroles en l'air. Ça, c'est évaporé au fil des ans, mais William, précisément, fait partie des raisons vaguement rationnelles pour lesquelles je suis restée.
Un soir, mon ex-mari est rentré et m'a raconté l'histoire de William. Et m'a dit qu'il souhaitait l'accueillir pour le 31 décembre. J'ai pris le temps de réfléchir. Dix minutes. Et je l'ai suivi dans son délire. Rétrospectivement, je réalise que c'était de la folie furieuse de prendre ce risque-là. Mais cela valait la peine car c'est en dépit de tout, c'est une belle histoire. Une belle rencontre.
William.
C'est un enfant à la Ddass. Non-adoptable. Coincé. Le père était extrêmement violent et la mère avait fini par fuir en Espagne. Les enfants abandonnés mais condamnés à aller de famille d'accueil en famille d'accueil. Dispersés au gré du vent des possibilités. Il a quinze ans et demi. Il a fait une fugue. Ça fait deux jours, ses copains l'ont signalé à mon ex-mari car ils traînent dans son magasin de jeux vidéos. Il est rentré à la maison pour m'en parler. Nous sommes le 30 décembre. Il s'agit d'accueillir William, ado en fugue, fuyant un foyer de la Ddass. Nous l'avons fait. Nous n'avons pas réfléchi.
Il est beau. Très fin. Il est doux. Trop doux. Il est plein d'admiration pour mon ex-mari. Pour de mauvaises raisons, c'est le côté tape-à-l'œil qui l'attire. La maison. Mais pas entretenue. La Porsche. Mais d'occasion. Peut-être qu'à l'époque, ma jaguar était encore garée devant la baraque. Elle faisait office de déco, je n'ai jamais eu le permis. Et ce joli cadeau, car j'adorais cette bagnole, fut finalement revendue dès que les emmerdes furent revenus... Bref. William passe deux jours à la maison, participe à notre jour de l'an. Je m'inquiète de le nourrir, qu'il se remplume après deux jours dans la rue. Il s'occupe un peu de Charlotte. Il ne dit rien. Il ne fait que sourire doucement, question de prendre le moins de place possible, car tout est provisoire, il le sait.
J'ai exigé qu'il soit ramené dans son foyer le 1er janvier. Ce n'était pas négociable. Et il en fut ainsi. À notre grande surprise, nous sommes face à une équipe de la Ddass, complètement désemparée. En mal de solutions. Nous avons du mal à lâcher William. Nous nous sentons impliqués. Et l'équipe va nous suivre. Du jamais vu, je pense. Nous n'avons pas trente ans. En tout cas à peine pour moi.Nous tentons de trouver une solution et nous proposons d'accueillir William pendant les week-ends et les vacances scolaires. Nous avons l'aval de la Ddass sans remplir aucun dossier. Deux entretiens et puis voilà. Nous nous regardons avec mon ex-mari, fiers de ce que nous sommes en train de faire. Surtout lui, qui vient d'une enfance compliquée.
Ça se passe bien. Ça se passe trop bien. Nous voilà, nouvelle petite famille, Charlotte dans les bras de son frère d'adoption, William un grand sourire aux lèvres, mon ex-mari pérorant, et moi, qui reste sur mes gardes. Car l'équipe de la Ddass nous a prévenu. La lune de miel sera de trois mois. Après ou nous réussirons le virage, ou notre belle association explosera. C'est ainsi que William fonctionne. Il est en recherche désespérée d'amour familial, d'une cellule où trouver affection et sécurité. Et dès lors qu'il l'a, cela le renvoie aux dysfonctionnements de sa propre famille. Et il rejette. C'est plus fort que lui. Il ne supporte pas au final que des étrangers lui procurent ce que sa famille a été incapable de lui fournir. Et il finit immanquablement par les haïr.
Pour l'instant, nous prenons notre rythme. Notre entourage s'habitue à nous voir tous les quatre. Charlotte s'attache à ce jeune homme. Nous le récupérons le vendredi soir. Il suit partout mon ex-mari, admirateur d'un parcours poudre aux yeux. Nous commençons à former une famille et William est de tous nos projets. Les dimanches soirs sont pénibles. Je n'aime pas ramener William, je me sens fautive. Mais il est plus ou moins prévu que si ça fonctionne, William s'installe à terme chez nous.
Les visites de la Ddass sont fréquentes, nous nous entendons tous bien. Mon ex-mari comme à chaque fois qu'il prend confiance en lui, va déborder de son rôle. Il commence à être autoritaire. William commence à déconner. Il sourit toujours. Présente ses excuses. Dit qu'il est désolé mais sèche l'école. Ça fait deux mois et demi, un jour de l'an, 6 week-ends, des vacances de février. Mon ex pense comme un con que William a besoin d'être encadré. Redressé. Il est de plus en plus sévère. William de plus en plus artisan de son propre échec. Et les menaces tombent.
« Puisque c'est comme ça, tu ne viendras pas à la maison ce week-end. »
Je suis très en retrait par rapport à tout ça. Car au final, c'est une liaison entre mon ex et William. Pourtant, je sens celui-ci se rapprocher de moi en fin de parcours. J'ai toujours tenté de calmer le jeu. Et c'est à moi que William adressera sa lettre d'adieu. Il a quitté la maison. Il n'y arrive pas. Il a le sentiment d'être un poids mort dans cette maison. Je m'en veux car j'aurais du dire ce que je ressentais et prendre les choses en main. C'est ce que je vais dire à l'équipe. Nous n'étions pas là pour éduquer William ou l‘encadrer. Nous n'étions là que pour lui donner de l'amour et le sécuriser. Mon ex-mari n'a pas joué le rôle que william lui avait attribué : celui d'un père non-violent, aimant et réconfortant. Mon ex s'est pris pour un éducateur. William en avait déjà plein son foyer...
William est parti. Ils ont eu du mal à lui mettre la main dessus au foyer. Il avait cambriolé le bureau du directeur. Ils ont décidé de l'émanciper pour ses 16 ans. C'était la seule solution, car il devenait ingérable. Ces ados coincés entre deux mondes, les non-adoptables, sont quasi irrécupérables. Pour la nouvelle année, la Ddass avait décidé de refaire à neuf la salle de jeux des ados. Peinture, sol, baby-foot, flipper, la totale, et un fric monstre. Ils l'ont livrés, heureux pour les mômes le 31 décembre. Le 1er janvier, tout avait été saccagé. Ils ne supportent pas qu'on essaye de leur faire du bien. Ils sont dans une logique de destruction, dignes héritiers de leurs familles, prolongeant la mécanique familiale, condamnés. Leur nid, c'est leur bande, les seuls auxquels ils font confiance. C'est ainsi, il ne faut pas se leurrer. Rares sont ceux qui s'en sortent.
Nous faisons une dernière réunion avec l'équipe. Je me sens tellement triste. Mon ex-mari tient des discours aussi stupides les uns que les autres. Quasi qu'il faut mater William. Il est en colère après lui-même en fait. Il sait qu'il a merdé. On me propose, et je dis bien « me » et pas « nous », de m'occuper d'un bébé dans la même situation que William. Non-adoptable. Quand j'y pense, c'est un truc de dingue qu'ils aient eu confiance en nous à ce point-là ! Je me rends dans la nursery. J'ai le vertige. Des bébés partout. Seuls. Bien traités. Mais seuls. Attendant que quelqu'un prenne le risque de s'en occuper tout en sachant que demain, une décision peut les arracher de ce foyer. Je suis bouleversée mais je sais pertinemment qu'il faut que je digère William avant de me lancer dans quoi que ce soit. On ne remplace pas. Il faut faire un deuil. Je dis que je reviendrais en chercher un.
William est dans la rue. Se fait choper, ramené. Et repart dans la rue dès qu'il peut. Je reste en contact avec l'équipe. Il sera émancipé et ils n'auront plus de ses nouvelles. Moi, je vais quitter Bordeaux. Et je range William dans un coin de ma tête.
L'année dernière, je reçois un coup de fil de mon ex-mari. Il souhaite me passer quelqu'un. Je suis sceptique. J'ai quasiment rayé tout notre entourage commun de ma vie. J'entends une voix d'homme. C'est William. Un coup au cœur. Il est vivant. Ça a l'air débile comme ça, mais c'est la première chose auquelle j'ai pensé. Il me dit qu'il va très bien, qu'il va à l'université. Je n'y ai pas cru un quart de seconde. Je lui ai dit que je pensais souvent à lui et que j'étais heureuse qu'il aille bien. Je l'ai embrassé. De tout mon cœur. C'est tout ce que je pouvais faire. Il m'a repassé mon ex à qui j'ai expliqué sèchement qu'il fasse attention à William et à ne pas l'entraîner dans des sales plans. Ou dans son alcoolisme. Le père l'était... C'était la voie toute tracée. J'ai raccroché sans trop d'illusions. Et je n'ai pas demandé son numéro à William.
Je le vois tous les jours. En bas de ma rue. Pas vraiment lui, mais ses frangins. Ceux qui ne supportent pas d'être confinés chez eux, dans un T3 pour 7, où ça pue dans la cage d'escalier, l'odeur de la promiscuité, de la détresse et de la misère sociale. Je les vois en bas de chez moi les garçons perdus qui hurlent à 2h du matin et que je finis par détester. Qui crient leur spirale d'échec et dont on sait qu'il est trop tard. À moins d'une fille, d'une femme qui passe par là et arrive, par miracle, à les structurer. 1 pour 100 ? Je les observe, grimper dans l'agressivité, déchaînés, ne comprenant que le rapport de force. Ils sont d'autant plus violents qu'ils savent pertinemment que c'est trop tard pour eux. Et le désespoir est tel qu'ils n'incitent même pas leurs petits frères ou sœurs à tenter de s'en sortir. C'est perdu d'avance. J'en ai déjà vu disparaître. Engloutis. Les mêmes qui foutent une beigne à une gamine de 17 ans, qui ne leur a pas dit bonjour, et qui lui piquent son sac. Les mêmes qui empêchent leurs propres parents de dormir la nuit à coup de chahut en bas de l'immeuble. Le cheptel se renouvelle. Le chef se fait exploser la tête par ses pairs. Le caïd d'hier est la brebis galeuse de demain. Tout est incertain. Il n'y a pas de règles, à part celle du plus fort. On ne peut sauver ceux pour qui l'espoir est mort et enterré. Le bien, le mal, tout cela est englué dans la minute présente. Pas d'avenir, alors pour envisager les conséquences de ses actes, vous repasserez. Il faudrait pour ça envisager demain.
Je sais comment ça marche. Je suis lucide. William était mal barré. Nous aurions pu faire quelque chose. Trop jeunes, nous n'avons pas su. Si je devais recommencer, je saurais exactement comment m'y prendre. En tout cas, pas comme cette première fois. William vivait dans la rue, avec ses codes et ses enjeux. La mère des enfants perdus. Il tentait de s'en sortir mais finissait immanquablement par rejoindre ses frères d'infortune, ceux qui lui ressemblaient. J'espère me tromper. Mais je crois qu'il est trop difficile d'en sortir seul.
Et William l'était. Seul.
18:57 Publié dans Des rencontres et des humains | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rue, adoption, enfant non adoptable, racaille, espoir, sans espoir, ddass
10.06.2009
Les interviews subjectives : PacoVolume

Des carrés, des ronds, de la musique, des icônes, de la fantaisie, de l'ordre, et du désordre, de la sensibilité, des vestes militaires, des mecs perturbés, et des filles qui vieillissent : le théorème de PacoVolume.
Je continue les interviews subjectives avec lui. La rencontre se fait dans "the new place to be", l'hôtel particulier, rue Junot dans le 18ème. Un bel hôtel niché dans un havre de verdure.
C'est sa première journée de promo. Ses rires sont clairs, ses sourires gênés ou ironiques, ses propos francs et sincères. Il est installé dans le jardin, détendu & souriant. Il fait l'effet d'être idem à la vie comme à la scène. Je le rejoins avec ma petite idée toute faite. Il me regarde et la démonte tranquillement. Un échange riche, naturel et drôle. Et le malentendu va se dissiper à la première minute. Je parle de concept global : nom d'artiste, biographie délirante sur son myspace, pochette d'album, clip, quelque chose de très sophistiqué. Carré. PacoVolume, lui, me dit qu'il est arrivé avec sa musique. Juste sa musique. Son nom, c'est juste deux mots jetés sur un myspace crée deux ans auparavant. Un surnom et un mot sur lequel ses yeux se sont posés. Pas plus. Pas moins. Ce qu'il voulait, c'était partager ce qu'il composait avant tout. Au final, j'ai envie de lui dire, maintenant que je l'ai rencontré, que le terme "Volume" va bien avec son sens de la géométrie. Et Paco pour sa fantaisie toute latine.
Oui, c'est un fantaisiste qui court après le rationnel. Une certaine organisation. Tout le long de la conversation, il tiendra à répondre précisément à toutes mes questions, mais partira quand même dans des digressions. Et me regardera, vaguement taquin en me disant "C'était quoi la question, déjà ?"... C'est un rond aspirant au carré. Il n'aime pas ça, d'ailleurs, dans notre société, cette manie du rond: les voitures, les objets, les gens aussi. Lui qui n'aime que les angles à vif. Les contrastes. Cela se retrouve dans sa musique : grand sens de la mélodie, joli cercle de notes, et des arrangements exacerbés, pointus.

Il fonctionne seul normalement. Il compose, et joue quasi de tous les instruments. Il précise "Pas comme Bach, hein ?!", soucieux de dissiper un malentendu qui pourrait s'installer. N'empêche. Il aime les choses qui traversent leur époque. Son album, il aimerait bien qu'il tende du côté des grands crus classés. Comme un bon vin qui vieillirait bien. Après tout, PacoVolume était dans une autre vie 5e meilleur dégustateur de vin en France. Ouais. Rien que ça. Entre deux tours de musique. Si l'EP qui m'amène à le rencontrer est composé de cinq chansons, seules deux survivront dans l'album. Les trois autres aux arrangements plus électro, ont posé la problématique du temps. "Des chutes de luxe" dit-il. Le son "électro" se date facilement. Un peu comme le beaujolais. Et ses envies avaient changé. Il désirait un album de garde. Il s'est tourné vers un style beaucoup plus pop rock du coup. S'est trouvé une caution en la personne de François Chevallier (Arcade Fire, Coldplay, Emilie Simon ), lui qui s'est retrouvé seul face à la machine du monde du disque. Question d'équilibrer les forces. Et Romain Chassaing pour le visuel.
Mais peu importe les fanfreluches, les décorums, les arrangements, points de vue ou images du monde subjectifs. Démonstration mathématique faite avec "Manhattan Baby", que j'ai pu entendre dans deux versions. Les deux sont géniales. Et c'est ma préférée. C'est peut-être bien là, toute sa force. Créer des mélodies qui tiennent la route au-delà des arrangements. L'autre talent, c'est sa voix. Sèche. Rêche. Percussive. Comme un instrument supplémentaire. Il bat les mots, les maltraite. Des paroles qui ne parlent jamais de lui. Il dessine un parallélogramme, avec à l'intérieur une icône, une personnalité et éventuellement un lieu. Et dans cet espace géométrique, il laisse libre cours à son imagination, sa fantaisie. Comme quand il attrapait une pochette d'album de Nick Cave et se racontait son histoire, à défaut d'avoir accès à des informations. C'est Ardisson dans "Cookie machine". La série "Las Vegas" dans "Watching Las Vegas". Judas qui demande à Jésus de lâcher un peu la pression dans la chanson éponyme. Et Donald Trump dans "Manhattan baby".
"Manhattan baby" qui est le titre de son album. Depuis longtemps. Avant même d'être vraiment dans la musique. Parce que c'est un titre qui claque. Il aime ça. Il assume. Toujours narquois. La simplicité d'une certaine arrogance. L'ironie chevillée au corps. Toujours espiègle.
En attendant la sortie en septembre, il répète avec ses acolytes de scène : Fred Scamps, Antoine Boissetelle, Clément Fonio (Et je suis sûre que j'ai massacré leurs noms, pardon, pardon). Des répétitions qui génèrent un plaisir disparu à force d'avoir entendu ses chansons. Des morceaux qui parlent de mecs perturbés et de filles qui vieillissent dit-il. Un album qu'il est impatient de faire découvrir, frustré par des timings qu'il ne maîtrise pas mais qui sont indispensables. Ses vertigos, ses fantaisies le poussent vers l'impatience et son sens aigu de la précision l'apaise. Imagination VS science. Un rond qui aimerait être un carré toujours. Et pourtant, il me dit que ce sont les erreurs qui définissent peut-être le mieux un être humain. Allez vous y retrouver dans toutes ces figures : triangle, rond, rectangle, notes de musique. Car il n'y a que ça qui l'intéresse en fin de compte. La musique.
Tout corps plongé dans la musique, entièrement submergée par celle-ci ou traversant sa surface libre, subit une force verticale, dirigée de bas en haut et opposée au poids des contraintes de ce monde ; cette force est appelée « poussée de PacoVolume »
C'est le théorème de PacoVolume...
PACOVOLUME "COOKIEMACHINE" EP
Disponible en digifile limité à 300 exemplaires à partir du 2 juin et en digital
http://www.myspace.com/pacovolume
En prime, une interview filmée le même jour, l'équipe de TamamTamam, passé avant moi ;)
14:00 Publié dans Les interviews subjectives | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pacovolume, musique, cookie machine
07.06.2009
Des rencontres et des humains Ep 28
Et puis, parfois, il n'y a aucune rencontre, aucun humain. Juste une somme de névroses qui s'entrechoquent. Des aliénations qui s'emboîtent. Des symboles dans lesquels nous mettons amour, amitié, peur, désir, toutes les émotions ambivalentes que nous envoie l'inconscient. Auquel nous obéissons aveuglément, à plus ou moins forte intensité.
Certains sont submergés. On les retrouve errants dans un couloir d'hôpital psychiatrique. Pour les autres, on les retrouve, errant dans une vie. Pas mieux ? Même ceux qui ont l'air le plus normaux. Nous sommes, parfois, traversé par un éclair de lucidité. Nous savons réellement pourquoi nous agissons l'espace d'un instant. Pour mieux replonger dans le noir.
Nous sommes tous produits d'une névrose familiale. Le malentendu a commencé probablement à l'aube de l'humanité. Et de génération en génération se transmet. Evolue. Se modèle sous l'impulsion d'une invasion étrangère, une pièce rapportée.
Qu'est ce que nous mettons vraiment dans nos histoires d'amour, nos rapports à l'autorité, nos enfants ? Je veux dire, vraiment ? Au-delà du vocabulaire et des gestes ?
Je suis un homme. Aimer une femme alors que je sais que c'est interdit me permet, de maintenir le lien avec l'ancienne. De ne jamais reconstruire vraiment. Ma vie balisée par mon ex, parce que je me sens tellement coupable d'avoir rompu la promesse. La promesse d'aimer toujours, envers et contre tout.
Je suis une femme et je ne laisse pas l'homme que j'aime dormir jusqu'au bout dans mon lit. Le prétexte ? Les enfants. En fait, je ne laisse pas l'autre complètement s'installer dans ma vie. Parce que j'ai peur, parce que le lien toxique qui s'est tissé avec l'ex est plus fort que tout. Une peur qui prend racine dans l'irrationnel, dans l'inconscient.
Je suis un homme. Mentir. Éviter. Contourner. Pour protéger. Pour maintenir une paix factice. Et voir mon enfant emboîter le même chemin. Reproduire le schéma. Alors que j'aime cette enfant plus que tout et que je m'en suis toujours merveilleusement occupé.
Je suis une femme et je tombe sincèrement amoureuse d'un homme et je réalise que mon inclinaison était dictée par la protection car je le domine complètement. Et qu'après avoir beaucoup souffert, j'ai fait un choix inconscient d'économie affective. Et que c'est précisément cela qui m'a poussé vers lui. Car je n'étais pas en danger cette fois-ci. Et maintenant, que l'aube d'une nouvelle vie arrive, ce couple ne fonctionne plus.
Je suis un homme et je me ne suis pas senti aimé enfant, et je m'acharne à construire des relations impossibles pour me prouver que c'est bien moi qui ne suis pas digne et que mes parents avaient bien raison. Parce qu'il est infiniment douloureux de m'apercevoir que c'est juste eux qui ont merdé. Alors plutôt que d'accepter cela, préférer les échecs amoureux pour endosser la faute.
Je suis une femme. J'en ai pris plein la gueule, enfant. Depuis, je me méfie des autres, je les soupçonne toujours du pire. Je ne fais pas confiance. Je prétends que oui. Et je m'arrange pour trouver de bons clients pour ma théorie. De bons clients qui me prouveront à quel point je suis dans le vrai. Sans voir que c'est moi le dénominateur commun. Que c'est moi qui les choisis pour remplir leur fonction : renforcer ma défiance car je la connais bien celle-là. Et que la confiance est un territoire inconnu.
Je suis un homme. Et je suis passé de femme en femme. Elles m'ont toute quitté. Toutes abandonnés. Comme ma mère quand elle est partie. Je ne pleure jamais. Jamais sur mon sort de petit garçon. Jamais sur mon sort d'homme. Ma mère est morte, brisée par sa folie. Et je fais comme si c'était digéré. Alors que c'est cela qui m'a dirigé.
Je suis une femme. Et ma mère vient de m'annoncer des choses terribles alors que je m'apprête à devenir mère. Parce que je ne serai plus la fille de, mais la mère de. Et que ma génitrice ne le supporte pas. Pour me maintenir la tête sous l'eau du déséquilibre. Et moi de dire que ce n'est pas si grave.
Je suis un homme. Je m'effondre sous les reproches de mon amoureuse, jalouse, car j'ai eu le malheur de plaire. Je suis envahi par le doute, je me soupçonne. Je suis un allumeur, c'est moi qui provoque cela. Et je regarde mon amie me répéter que ce n'est pas de ma faute. Ce n'était pas ma faute si mon grand-père m'a abusé sexuellement. Non. Ce n'était pas ma faute. Ce n'était pas ma faute !
Je suis une femme. Et je m'enferme dans mes principes rigides comme un garde-folie. J'exécute les mêmes figures rigoristes que mes parents. Les mêmes à qui je mentais, plus jeune, parce qu'il m'empêchait de respirer, de vivre. Et je deviens plus dure qu'eux.
Plus je vieillis, plus je sais que nous sommes tous au bord de la folie. Une folie cadrée, enfermée dans un joli appartement, un mariage, des enfants, des amis, des prétextes, et des théories agencées.
J'éprouve tous les sentiments communs à mes semblables. Les humains. Mais je ne perds jamais de vue, que je suis prisonnière de schémas inconscients. Que l'amour, la colère, le désespoir, l'allégresse ne sont que des leurres. Que je n'en finis pas de régler mes comptes avec une névrose familiale qui est devenue personnelle. Que j'ai faite mienne. Différente. Et pourtant.
J'essaye toujours d'aller au-delà. De voir plus loin. De proposer une autre lecture des événements. Ce n'est pas pour autant que ma névrose disparaît. Elle est un moteur autant qu'un handicap. C'est juste que je tente de l'apprivoiser, de la décortiquer, de la démonter.
Alors, je fais comme tout le monde. Je vis, je ris, j'ai mal, je me soigne, on me soigne, je vais bien, je vais mal. Je prends des coups, par hasard ou provoqués. La plupart du temps, je suis dans la mêlée de nos aliénations. Je me fais marcher dessus, sur mes sentiments, mes espoirs, et mes rêves sans que, probablement, je ne sois tout à fait innocente. Je laisse faire ou je combats. Je ressemble parfois au monstre de mon déséquilibre. Je cours après le sens de ma vie. Je sers de cible à ceux qui courent après le leur. Je me casse la gueule, je me relève. Mais, parfois, je m'élève tout simplement et je vois tout cela de haut.
Aujourd'hui, je plane au-dessus de la folie des hommes.
Des rencontres, des humains, des névroses. Évidemment...
09:49 Publié dans Des rencontres et des humains | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : névrose familiale, névrose, folie, inconscient, aliénation
02.06.2009
Des rencontres et des humains Ep 27
Des rencontres, des humains et parfois les bijoux qui vont avec.
La fameuse gourmette d'enfant. Et une montre en or que je n'ai jamais eue. Nos grands parents souhaitaient que nous ayons toutes, les quatre petites filles, une montre en or. Les mêmes. Une très jolie, fine, légère montre en or. J'étais plus jeune d'une dizaine d'années. Mes grands parents sont morts avant d'avoir pu me l'offrir. Après le décès de Jeanne, ma grand-mère, la montre qui m'était destinée avait disparu. Volée officiellement par mon oncle. Il n'avait eu qu'une fille et estimait que par « égalité », ma montre lui revenait.
Mon malentendu avec les bijoux commence là. Ils m'ont toujours échappé.
Je ne me suis jamais fait percer les oreilles, et j'ai parcouru l'adolescence sans eux. Aucun penchant.
À la mort de Maman, ma sœur aînée fut évidemment digne, grande, et généreuse. Elle batailla sec avec mon autre sœur, remporta largement la mise. À propos des vêtements de Maman, nous avons atteint des sommets. J'avais 16 ans. 90% des fringues n'étaient pas pour moi. La seule chose que je souhaitais, un blouson, me fut refusée. Mon père n'a rien dit. Mon autre sœur, non plus. Elle prit les bijoux. Les sacs. Les frusques. Papa, sans rien dire, sauva le sac Vuitton de ma mère. Et une fois que ma sœur aînée fut repartie, avec ses valises bien pleines, enfin repue, me donna le sac et me fit une surprise. L'alliance et la bague de fiançailles de Maman. Pendant des années, je n'ai porté que ça.
Ma première grande histoire d'amour. Alex. Un bracelet énorme en métal, fabriqué au marché hippy de Formentera. Et l'année d'après, mes premières vacances en amoureux. Formentera again. Un autre bracelet, cette fois-ci en argent. Magnifique. Lourd. Large. Trop grand pour mon poignet. Je l'adorais et je ne m'en suis pas séparée pendant des années.
Mon ex-mari. Un déluge. Mon alliance. Deux autres bagues. Des pierres au cou. Certaines achetées, d'autres tombées du camion. Du tape à l'œil. Rien qui ne me ressemble. Ha si. Un bracelet fin en or avec des perles. Discret. Fin. Tout ce que j'aime. Et toujours les bijoux de maman. J'avais les mains ornées. Les mains liées ?
Je suis partie, j'ai tout laissé. Formentera fut oublié dans une boîte que mon ex-mari s'empressa de jeter à la poubelle.
Puis vint le temps du clash. Une réunion de famille. Le lendemain, je cherchais partout mes bijoux. Mes bagues. Disparues. Envolées. Mon père au téléphone m'a expliqué qu'il avait tout pris. Tout enlevé. Les restes de Maman et de mon ex-mari.Il ne savait pas trop pourquoi il avait fait ça. Il ne pouvait me fournir d'explications rationnelles. Il pouvait juste me dire que ça faisait trop longtemps que je trimballais ces anneaux, et que ça me porte malheur, quelque part il en était certain. Je me suis inclinée. Bizarrement soulagée. Je charriais le destin de Maman depuis trop longtemps. En plus de traîner celui de mon ex-mari.
Plus aucun bijoux de valeur. Plus de souvenir. Plus rien. Ma réconciliation avec Dieu, m'amena à porter pendant longtemps les « colliers brésiliens », faits d'une simple corde et de deux icônes religieuses. Une sur la poitrine, l'autre se balançant dans le dos, protégeant les deux côtés de ma personne. D'ailleurs, je m'aperçois en écrivant que cela me manque et que je vais aller m'en racheter un.
Il y a eu cette bague en toc. Volumineuse. Un faux-semblant joliment fait. Elle donna lieu à une scène lunaire. Invitée à rejoindre des amies dans un bar, je fis la connaissance de leurs potes, venus des pays de l'est. Je ne sais trop pourquoi je précise, mais cela doit être culturel chez eux ! Des Russes, je crois. L'un d'eux commença à me draguer vaguement. Au cours de notre conversation hachée, anglais oblige, il se pencha vers cette bague. Il l'examina et déclara : « Si un homme t'a offert cette bague qui coûte très cher, c'est que tu dois super bien baiser ! ». J'en suis restée abasourdie pendant des jours !
Certains donnent une valeur monstrueuse aux bijoux. Beaucoup trop importante. Ils y mettent des sentiments, des cordes et des prisons. Leur valeur est proportionnelle à ce qui pend à leurs bras, leurs cous, leurs oreilles. Comme des poids. Moi, ça m'embarrasse, me contraint, me retient.
Aujourd'hui, il ne reste qu'un colifichet offert par Sabine que je ne quitte plus depuis trois ans maintenant. Une petite chose toute simple faite d'un cordon et d'un sigle japonais. « Amour ». C'est tout. Sabine change le cordon régulièrement, je ne m'en occupe pas. Je ne le sens même pas, il m'accompagne partout où je vais sans même que je ne m'en rende compte.
Il y a toujours mes bagues qui m'attendent dans un tiroir chez mon père. Je ne me décide pas à les faire fondre pour recréer autre chose. Je ne suis pas sure que cela réussira à dissoudre le karma qui les accompagne. Et je ne peux que constater que depuis que je ne les porte plus, ma vie a commencé à se construire. À me ressembler. Bijoux, avez-vous une âme ?
J'ai quelques envies, pourtant. Une montre. Une montre d'homme en argent, imposante et lourde. Beaucoup trop cher pour moi ! Une chaîne de ventre, que mon amoureux n'arrive pas à trouver, et ce n'est pas faute d'essayer. Mais nos exigences sont compliquées ! Il faudrait que je me fasse percer les oreilles pour, enfin, avoir les grosses créoles dont je rêve. Que de l'argent. Je n'aime que l'argent. L'or me semble déplacé sur moi.
Les bijoux & moi, oui, c'est un malentendu sans fin. Ils m'échappent, je les esquive. Comme s'ils me plombaient, m'attachaient et que je leur résistais.
Je suis une femme sans bijoux. Aucune rencontre, aucun humain ne se matérialise en pierres, chaînes ou fermoirs.Quand les vêtements tombent, il ne reste que moi, de « l'amour » & quelques gouttes de Shalimar. Quoique... J'ai deux autres joyaux. Je considère mes tatouages comme tels. Ils ont une histoire, et ils me parent d'une certaine façon. Un sur l'omoplate pour mes amis. Un signe tribal bleu. Un autre sur mon ventre, pour mes enfants. Des caractères japonais en bleu aussi. Il m'en manque un troisième que je vais faire d'ici peu. En bas du dos. Une symbolique que lui seul connaît...
Mais de bijoux à proprement parler, point. De toute manière, si on y regarde de près, tous ces ornements ne servent pas à grand-chose sauf à flatter nos égos. Et nous aurons beau nous travestir d'or, d'argent ou de diamants, au final, c'est la chair et le sang qui l'emporte. Mais, je crois aussi que des bijoux portés longtemps prennent un peu de l'âme des humains qui les ont portés. C'est mon côté superstitieux.
C'est peut-être pour cela que je les envoie valser...
07:33 Publié dans Des rencontres et des humains | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bijoux, valeur, symboles, tatouages, âme

